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 500                        DES LIMITES
  existence et dans ce monde. La perpétuité de l'épreuve, l'iné-
 galité par le double fait de la nature et de la liberté, la nature
 physique et morale, essentielle à la constitution de l'homme, à
 sa nature organique qui ne peut pas ne pas s'épuiser et périr,
 à ses affections naturelles qui ne peuvent pas ne pas être bles-
 sées , et enfin par dessus tout le reste, la nécessité plus évi-
 dente encore de la mort, voilà les limites de fer que la perfecti-
 bilité humaine ne franchira jamais. Gardons-nous donc de prêter
 l'oreille à tous ces prophètes menteurs qui, sur la foi d'une per-
 fectibilité indéfinie, nous montrent une terre promise où il n'y
 aura plus de larmes aux yeux ni de sueur au front. Sur ce faux
 exemplaire d'une perfection chimérique, ne mesurons pas et
 ne jugeons pas la société actuelle. Dans les misères de la vie
sachons distinguer ce qui est indestructible, ce qui ne peut être
aboli sans que la nature humaine elle-même soit abolie, de
ce que peuvent, de ce que doivent emporter les progrès du temps,
de la science et de la justice. Alors seulement nos vœux et nos
espérances seront raisonnables, alors seulement nous saurons
nous tenir à égale distance des excès du pessimisme et de l'op-
timisme, du découragement et ctes folles illusions.
    Vous ne pouvez vous tromper sur le but et sur l'intention
de ce discours. Je crois à une perfectibilité sans limites, insépara-
ble du vrai optimisme et de l'idée même de la divine Providence
au regard de l'ensemble des êtres, je crois à une perfectibilité
limitée au regard de l'humanité. Ce n'est donc pas l'idée de la
perfectibilité que j'attaque, mais l'abus que certains réformateurs
en ont fait au grand préjudice du bon sens, de la dignité de
l'homme et aussi du repos des sociétés. De cela seul que l'homme
est un être qui recueille et transmet, il résulte que l'homme et
la société sont perfectibles. Il faut croire à cette perfectibilité
comme h l'histoire, où elle se montre au grand jour. Mais il
ne faut y croire que dans les limites de notre nature, de notre
destinée et de notre existence terrestre. Restreinte en ses vé-
ritables limites, l'idée de la perfectibilité n'est plus dangereuse,
mais salutaire. Elle soutient et console l'homme sage à travers les
terribles épreuves des révolutions. Si elle ne l'abuse pas par l'i-