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LETTRES DE MADAME DE STAËL. 415 « Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de votre respec- table préfet, M. d'Herbouville, et de votre brillant et très-aima- ble docteur Petit, votre honorable ami. Dites à ceux qui ne m'ont pas oubliée , que les revoir me sera très-doux. Je n'ou- blierai jamais les soirées de l'hôtel du Parc. Richard, le suave et délicat Richard, aura-t-il à Lyon son tableau de Saint-Louis et de Marie-Stuart? Vous voyez que je vous fais des questions, parce que je veux des réponses. « P. S. Mon fils, qui vous remercie, lit avec plaisir et profit votre Esprit de Mably et de Condillac -. cet ouvrage fait hon- neur à votre impartialité. » On rencontre, dans le même opuscule, les deux let- tres adressées à Talma , qui avait joué pendant quel- ques.jours, à Lyon. C'est évidemment de la même ville que doit être datée la première lettre. I. « Juillet, i8og. « Ne craignez pas que je sois comme madame Milord, que je mette la couronne sur votre tête au moment le plus pathétique; mais comme je ne puis vous comparer qu'à vous-même, il faut que je vous dise, Talma, qu'hier vous avez surpassé la per- fection et l'imagination même. Il y a, dans cette pièce, toute défectueuse qu'elle est, un débris d'une tragédie plus forte que la nôtre, et votre talent m'a apparu dans ce rôle d'Hamlet, comme le génie de Shakespeare, mais sans inégalités , sans les gestes familiers, devenus tout-à -coup ce qu'il y a de plus noble sur la terre. Cette profondeur de nature , ces questions sur notre des- tinée à tous, en présence de cette foule qui mourra, et qui sem- blait vous écouter comme l'oracle du sort ; cette apparition des spectres, plus terrible dans vos regards que sous la forme la plus redoutable; cette profonde mélancolie , cette voix , ces re- gards que révèlent des sentiments, un caractère au-dessus de