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410 DE L'UNITÉ DES ARTS. méthodes, lorsqu'au delà du paysage et de la peinture de genre l'art de manier le pinceau s'applique à rendre la forme ma- térielle des objets si exclusivement de toute pensée que l'imi- tation de la nature morte, d'un fruit, d'un légume, d'un pot cassé, constitue au sein de l'art des arts spéciaux qui ont la pré- tention de marcher à part et de traiter d'égal à égal avec les au- tres genres ; lorsque, à l'aide des raffinements des procédés techniques, l'artiste s'occupe à reproduire une mouche sur une feuille de façon à inquiéter le spectateur, et quand le vulgaire ébahi proclame devant cette toile le triomphe de l'esprit humain, n'est-ce pas en réalité l'agonie de la peinture ? Parmi les artis- tes qui triomphent ainsi de la nature, l'école flammande en cite un très-apprécié de son temps, qui peignait exclusivement des bas, encore fallait-il qu'ils fussent bleus. En vérité était-ce là un peintre? pas plus qu'un faiseur de rébus n'est un poète? L'admiration unanime des artistes et du monde lettré con- sacre le commencement du XVIe siècle comme l'époque de perfection de la peinture. L'état de l'art à cette époque sera donc pour nous son état normal, les limites dans lesquelles il se renfermait alors sont ses limites légitimes, le genre qui do- minait reste le genre central. À mesure que d'autres genres s'en détachent pour s'en éloigner, ils s'éloignent des véritables con- ditions de l'art. Tout ce qui a la prétention, par idolâtrie pour l'unité religieuse, de remonter plus avant que cette époque vers les temps où pèse sur les arts plastiques le joug absolu de l'ar- chitecture et du culte, rétrograde du côté de l'enfance. Tout ce qui pense enrichir l'art en permettant à la fantaisie individuelle de créer autant de genres indépendants qu'il y a de classes d'ob- jets matériels à imiter dans la nature, précipite l'art vers la dé- crépitude. A ce moment classique qui porte le nom de Raphaël, la pein- ture de genre est inconnue, le paysage lui-même n'existe pas encore comme art distinct. La fresque et le tableau coexistent et se modifient par les qualités l'un de l'autre. La peinture murale a pris plus de mouvement et de variété, le tableau garde quelque chose dans son style de la précision sévère et de la