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                       DE L'UNITÉ DES ARTS.                        383
  tivés, et serait relevée de l'espèce de mépris que témoignaient
  aux arts les gens de lettres. Deux grands écrivains furent les
  instigateurs de ce mouvement qui devait placer les beaux arts
  sur un pied d'égalité avec la poésie. J.-J. Rousseau, copiste de
  musique et compositeur lui-même, enthousiaste, peut-être peu
 judicieux, de la musique italienne, mit à la mode les discussions
 musicales. Diderot, par ses articles si brillants sur les premières
  expositions de peinture, dirigea, vers les tableaux et les statues,
 l'attention des hommes éclairés, jusque là exclusivement donnée
 à la philosophie et au beau langage.
     Ce mouvement de réaction en faveur des arts, se sentait un
 peu de l'esprit matérialiste de l'époque qui le vit naître. Les
 théories des écrivains de ce temps sont, en fait d'art comme en
 fait de morale, fausses et superficielles, et la littérature française
 est dès lors bien inférieure sur ce point aux contemporains
 étrangers, surtout aux Allemands, qui, tels que Baumgarten,
 Mendelsohnn, Lessing, Raphaël Mengs, Winckelmann fondèrent
 la critique philosophique appliquée aux arts.
    L'origine sensualiste de cette faveur qui entoura chez nous la
 peinture et la musique depuis Rousseau et Diderot, vicia dès
 l'abord la réaction , d'ailleurs légitime, qui avait forcé en France
l'orgueil des poètes à donner un peu de leur attention aux pein-
tres , et à leur céder beaucoup de celle du public. Peut-être
même l'importance de la peinture et de la musique dans la hié-
rarchie intellectuelle et dans les préoccupations des gens du
monde, a-t-elle été un peu exagérée dès ce moment.
    Dans tous les cas, un excès contraire à celui qui naissait de
l'isolement, et de l'ignorance où s'étaient tenus les arts vis-à-vis
les uns des autres, tendit dès lors à se produire et dans la poésie
et dans la peinture et dans la musique. Notre époque l'a vu
éclater jusqu'aux plus ridicules aberrations.
    Les poètes et les artistes antérieurs à notre temps avaient
trop ignoré qu'ils avaient des procédés communs ; qu'un cer-
tain nombre de lois identiques planent sur les manières les plus
diverses d'exprimer le beau par le pinceau, par la lyre ou par
la parole. La poésie surtout s'était privée de quelques ressour-