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Chronique musicale. M. ESPINASSE. Heureux aristarques parisiens ! vous ignorez, vous, cette ora- geuse époque des débuts. L'artiste qui plaît, vous en jouissez sans crainte : la médiocrité même obtient vos encouragements et vos conseils ; car vous n'avez pas à redouter qu'on vous l'impose pour toute une année, si, fortuitement absent, vous n'avez pu venir siffler haut et ferme le soir fatal du troisième début. Vous pouvez, dégageant votre plume des entraves de la person- nalité , étudier quelquefois l'art indépendamment de ses inter- prètes, faire de la critique sans dénigrement, du feuilleton sans pamphlet.... Heureux, trois et quatre fois heureux! Enfin, voici sortie, des débris de l'ancienne, une nouvelle et vaillante troupe, née viable celle-là , et, à l'heure qu'il est, déjà pourvue par son redouté parrain du triple baptême de rigueur. Le premier nom est d'un favorable augure. Connu déjà , et déjà très-aimé dans notre ville, M. Espinasse y est venu reprendre, aux applaudissements unanimes , un rang auquel bien souvent nos regrets l'avaient appelé. C'est là un véritable ténor. Ce mot seul, bien compris, explique et légitime ses succès : j'ajouterai qu'il est en même temps un ténor extrêmement agréable. Franche et pure, sa voix peut s'élever au la, au si bémol, au si naturel, sans perdre le timbre plein de charme et de distinction qui lui est pro- pre. Tel vous l'avez entendu phraser les passages écrits pour les cordes moyennes de ce registre, tel encore vous le retrouve- rez chantant, oui chantant, les plus scabreuses difficultés : 0 ma fille chérie! de la Juive, par exemple, ou YÂnathême de