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344 CORRESPONDANCE.
duire ; c'est l'affaire du maître de chapelle, affaire qui ne pré-
juge en rien le principe de l'admission de l'orgue et du chant
mesuré. II y a des exigences de temps auxquelles il faut se plier,
sans cela l'église ne serait pas catholique. M. Bard qui veut nous
rendre les antiques et vénérables usages de l'Eglise de Lyon, ce
qui serait précieux; devrait au préalable reconstruire les églises
de Saint-Etienne et de Sainte-Croix, obliger les chanoines et les
clercs à apprendre par cœur l'office et le chant, rappeler le cha-
pitre des vieux comtes de Lyon, et alors nous aurions ces figures
liturgiques qu'il regrette si fort. Allons! M. Bard, l'Eglise de
Lyon saura bien défendre sa liturgie du virus parisien dont nous
n'avons pas envie, je vous assure. Laissez les Pères du concile
prendre soin de leurs affaires ; laissez le chez de l'Eglise de
Lyon marcher dans la voie des améliorations, sans interpréter
par avance le résultat de ses intentions, et tout ira pour le mieux.
Après avoir tonné contre les orgues et la musique, voilà que
M. Bard veut démolir nos flèches.
Il trouve que notre ciel ne convient pas à ce caractère pointu,
à cette forme sauvage, bonne pour les gens grossiers. Il ne nous
faut plus que le triangle équilatéral, la coupole et la ligne hori-
zontale. Eh bien ! le Palais-de-Justice est une ligne horizontale ;
comme il ressort bien au milieu de nos immenses constructions !
Je prétends, M. Bard, que nous avons toutes les raisons pos-
sibles pour avoir des flèches à Lyon. D'abord, la flèche est le
symbole de la prière qui monte au ciel, puisque vous aimez le
symbolisme. En second lieu, notre ciel est presque constamment
gris et chargé de vapeurs. En troisième lieu, nos toitures plates
et uniformes nous présentent un assemblage monotone qui de-
mande à être rompu par des lignes verticales. Enfin, le moyen-
âge nous avait doté d'un nombre assez raisonnable de flèches qui
surmontaient les églises de Saint-Nizier, de Saint-Georges, de
Saint-Paul, de Saint-Côme, etc..
Peut-on condamner la flèche à Lyon, après avoir joui de
l'effet pittoresque produit par celle de Saint-Nizier, dans la rue
Centrale, et par celle de Saint-Georges, au pied du coteau de la
Quarantaine !