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320                       NOTICE BIOGRAPHIQUE
La police du préfet du Rhône crut devoir faire une perquisition
sournoise dans son modeste domicile ; mais elle fut, bien enten-
du , sans résultat. Le vénérable abbé s'occupait de prédication et
non de conspiration. A ce sujet, Madame de Chateaubriand lui
écrivait :
   D'après les journaux d'aujourd'hui, vous verrez, très-cher abbé, que votre
préfet n'avait aucun ordre pour aller vous inquiéter chez vous ; et que s'il
n'a pas voulu vous jouer un tour, il a pris votre nom pour celui d'un abbé
qui se trouve, à ce qu'il parait, compromis dans la prétendue conspiration ,
qui n'est qu'une intrigue et une imprudence, qui a eu de malheureux résul-
tats. Partout où il y a des bruits et des tripotages sans fruit, on doit y trou-
ver le sieur.... 11 n'a jamais cessé de se remuer à son profit, depuis qu'il est
au service des antichambres de toutes les monarchies, depuis Bonaparte jus-
qu'à Charles X. C'est un valet à tous maîtres. Villèle etPolignac le savent...
Je conçois donc votre humiliation de vous trouver accollé à un tel homme.
Mais consolez-vous, les honnêtes gens ne vous prendront jamais l'un pour
l'autre.

  Puisque j'ai cité le nom de la noble vicomtesse, pourquoi
ne donerais-je pas quelques-unes de ses lettres au bon chanoine
qu'elle appelait, son Abbé. Voulant l'attirer à Genève où M. de
Chateaubriand croyait devoir finir ses jours dans un dernier
exil, elle lui écrivait de Paris, le 30 août 1830 :
   Je ne vous ai point écrit, cher abbé, depuis tous ces événements, vous
attendant tous les jours, et, dans tous les cas, craignant que vous ne fussiez
pas à Lyon.
   Yoilà donc où tant de folies si inutilement signalées nous ont conduits, à
des malheurs prédits et peut-être irréparables ! Au milieu de nos craintes et
de nos chagrins, nous ne vous avons point oublié ; nous ne vous avons point
séparé de nous, dans jios projets de circonstance. Tous êtes de ces amis sur
lesquels il n'y a jamais rien à dire. Aussi, mon cher abbé, ne songeons-nous
 plus qu'au bonheur de passer le reste de notre courte vie avec vous , si vous
y êtes consentant. D'après votre lettre, je vois que votre projet est de venir
nous trouver à Paris. Si vous voulez faire ce voyage, venez vite ; car il est
 probable que nous n'y resterons pas plus tard que la fin de septembre. Il faut
prendre un parti définitif ; et le plus raisonnable est d'aller habiter un pays
paisible, et où l'on puisse vivre à bon compte. En vendant ici notre maison,
et nos vieilles magnificences, nous aurons, en Suisse, de quoi abriter nos têtes,