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                     DE LA VILLE DE LY0K.                      175
 regarde, arrondie à son sommet, rien au milieu de ces ver-
 doyants paysages d'un aspect tout italique, rien n'indiquait la
 flèche. Ce que demandent surtout le coteau de Fourvières, les
 horizons lyonnais qui semblent avoir horreur de la ligne verti-
 cale, le ciel lyonnais, ce sont la plate-forme ou la coupole que
 préparent tous les profils environnants. Lyon ne sera jamais le
 milieu naturel de la flèche. Que l'on reproduise avec éclat ce
 caractère pointu sous le ciel barbare de Paris et du Nord, cela
 est logique; mais, sur'cette retentissante terre lyonnaise, grec-
 que et romaine par son histoire, intimement pénétrée de l'élé-
 ment antique, italienne par son firmament, son architectonique,
 ses toitures, c'est un contre-sens.
    Il s'opère en ce moment, à Lyon, une déplorable réaction des
idées du Nord sur celles du Midi. On y abuse de la flèche au-
delà de toute expression, comme on a, au XVIIIe siècle, abusé de
la coupole à Paris. Ni l'une ni l'autre de ces formes ne sont à
leur place. On ne voit plus que saillies aiguës soit à Lyon, soit
dans les environs de cette métropole : flèche à Feyzin (Isère),
flèche à Fareins (Ain), etc., etc.
    La flèche fut imposée au peuple bourguignon par ses ducs qui,
souverains des Flandres, en relations continuelles avec elles, fi-
rent violemment arriver le courant d'art septentrional jusqu'à
leurs Etats du Midi. Le peuple bourguignon reçut et pratiqua la
flèche sans amour ; mais bientôt, par suite de ses mœurs belli-
queuses, il renchérit d'acuité pour elle, sur les types septentrio-
naux eux-mêmes, pour conserver l'image du glaive de ses glo-
rieux souverains. La présence des saillies monumentales aiguës,
inexplicable par le ciel et la nature de la Bourgogne, a donc dans
l'histoire et pour l'histoire de cette magnifique contrée, une
raison qui n'existe point dans le Lyonnais. La flèche, au fond,
offre une forme sauvage -. bonne pour les sens grossiers des
hommes du Nord, peut-elle convenir aux sens délicats des
hommes du Lyonnais, à l'exquise finesse de leurs instincts
d'harmonie oculaire? Assurément non. Tout profil aigu qui
excédera le cône roman et le triangle équilatéral, sera déplacé
dans nos paysages épanouis et souriants.