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              REVUE DES THÉÂTRES.

LA NOUVELLE SALLE DES CÉLESTINS. — M. LEVASSOR.


   Le Grand-Théâtre a enfin retrouvé son public et ses artistes.
Le canon et la fusillade ont cessé d'y retentir. Bonaparte n'y
commande plus nos glorieuses phalanges. La cavalerie et l'in-
fanterie n'y déploient plus leurs étonnantes évolutions. Donizetti,
Rossini et Boïeldieu ont repris leur domaine. Place à leurs
nouveaux interprètes. Mais, hélas! si nous n'avons plus les
glorieux combats de Lodi et de Rivoli, il nous reste les luttes
des débuts, luttes pleines d'intérêt et de tristesse. Laissons donc
le public et M. le commissaire s'entendre entre eux, s'ils le peu-
vent, sur l'admission ou sur le rejet des artistes que notre Direc-
teur, M. Delestang, vient soumettre à notre jugement. Tout di-
recteur, selon nous est plus intéressé que le public au renvoi d'un
mauvais artiste. Que le silence et la paix se fassent. Nous jugerons
mieux plus tard. En attendant, allons aux Célestins.
   Ce théâtre, grâce l'habileté de son intelligent restaurateur,
M. Exbrayat, est devenu la salle la plus gracieuse et la plus
coquette. Le bon goût et le confortable l'ont entièrement mé-
tamorphosé. Sa coupe, des plus heureuses, ressort mieux encore,
depuis que l'architecte a fait avancer en encorbellement la gale-
rie des premières et lui a donné un mouvement harmonieux
et une élégante décoration; depuis que M. Bonirote a laissé
tomber de son pinceau tous ces petits amours qui volent dans
l'espace, dans l'éther du plafond. Tout a passé sous la baguette
d'un enchanteur. Les stalles sont devenues de beaux et bons
fauteuils alternés sur trois rangs. Des baignoires commodes
remplacent les sombres corridors qui régnaient de chaque côté
du parquet. La toile des banquettes s'est changée en velours
cramoisi, et le rideau huileux en riche tenture sous la brosse
de M. Savette. La lumière et la dorure courent partout du cin-
tre au parterre. L'air triste et enfumé de l'ancienne salle et
ses culinaires odeurs ont disparu pour faire place à un air de
fête.
   Rien n'a manqué aux honneurs de l'inauguration de la nou-
velle salle : le plus spirituel comédien de Paris, un à propos plein
d'esprit, une foule compacte. C'était bien commencer. Le public
 a reçu avec des bravos l'artiste voyageur, la pièce d'ouverture,
Célestin père et fils, par MM. Lefebvre et Jaime, et salué de ses
 éloges l'œuvre de notre architecte et de nos peintres.
   M. Levassor est un de ces rares artistes que l'on revoit tou-
jours avec un nouvel intérêt, parce qu'il ne reste jamais sta-