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M. A.-C.-H. TRIMOLET. 121 à montrer, j'aurai, du moins, votre figure pour échantillon ! — Oui, mais vous ne gagneriez rien ? — Vous vous trompez, Mon- sieur, si vous me laissiez votre portrait, et que je voulusse m'en défaire, j'en trouverais de suite le double de ce que vous m'en donnez. — Bah ! vraiment ! — Essayez ! — De ce moment, il me prit, pour ainsi dire, en vénération, et fut enchanté de son por- trait. Mais retournons à Turin pour embrasser ce digne et excellent comte de Costa, à qui j'avais voué un attachement bien sincère. Revenu au sein de ma famille, où de grandes peines de cœur m'attendaient, je partageai mon temps à soigner ma bonne et malheureuse sœur (1), à faire des portraits à l'huile et quelques dessins à l'aquarelle , fort en vogue alors par la mode des albums. Je ne parle de ces dessins, du reste fort médiocres, que parce que je crois qu'ils m'ont fait faire un pas dans l'art. Travaillant sans nature, ils ont forcé mon esprit à se rendre compte de bien des choses, à consulter la nature et à en garder le souvenir. Ils m'ont exercé à composer et à ajuster des figures, des acces- soires et des fonds. Ils m'ont appris le parti qu'on peut tirer du hasard, le charme et l'harmonie de l'incertitude des tons ; en- fin, bien des choses dont je ne me doutais pas , et qui ont amené, je crois, un progrès dans mes ouvrages, à partir de cette époque. J'ai dit, en parlant de mon premier tableau, que, lorsque j'al- lais trouver le docteur Eynard à Paris, il me promit de le donner au Musée de la ville de Lyon, dès son retour. Effectivement il le fit, se réservant, toutefois, m'a-t-on dit, le droit de le retirer de son vivant, s'il éprouvait quelque désagrément de la part de l'administration. Mais je ne veux pas rechercher, ni apprécier et qualifier sa conduite en cette affaire ; seulement, il est de fait qu'il manqua de parole envers moi, en retirant son tableau du Musée, au bout, je crois, de deux ans, pour en disposer plus (i) Madame Petitjean, décédée le 12 novembre i832, peintre de genre comme son frère.