Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
[ Revenir aux résultats de la recherche ]
page suivante »
 104                   PASSAGES ET SÉJOURS
verser deux fois notre ville ; l'une pour se rendre à Paris, l'au-
tre pour aller à Ajaccio. On ne sait rien de ces deux passages.


                                VII.

    Vers la fin du mois d'août 1794, à la tombée de la nuit,
 s'arrêta à la porte de l'hôtel qui existait alors rue Amédée, près
 la place des Célestins, une voiture assez belle, mais couverte de-
 poussière, traînée par deux grands chevaux harassés de fatigue,
 et conduite par un cocher aux allures militaires. Trois hommes
 en descendirent : l'un petit, maigre, aux longs cheveux, était re-
 vêtu d'une redingote bleue, avait des bottes à revers et un cha-
 peau gancé ; l'autre, grand et bel homme, portait avec grâce le
 costume de capitaine ; le troisième, enfin, était un jeune homme
 de vingt ans à peine : c'étaient le général d'artillerie Buonaparte,
 son aide de camp Junot et son jeune frère Louis. Général d'artil-
 lerie après le siège de Toulon, il avait été chargé d'inspecter les
 côtes de France et de les fortifier jusqu'à Nice. Ses relations avec
 Robespierre le jeune le compromirent après le 9 thermidor. Mis en*
état d'arrestation à Nice, il fut bientôt relâché, mais quelques po-
pulations voyaient dans les armements qu'il faisait des attaques
 contre la liberté, et, sur la plainte des Marseillais, il fut rappelé
 à Paris pour rendre compte de sa conduite.
    Les voyageurs n'avaient donc pas hâte d'arriver au terme de
leur course, ils allaient à petites journées avec leur voiture, et,
arrivés à Lyon, ils y séjournèrent ; les chevaux avaient grand
besoin de ce repos pour pouvoir continuer leur route. La Terreur
cessait à peine, le jeune général put voir de ses yeux les ruines
qu'elle avait laissées après elle, mais la réaction était commencée et
la position de Bonaparte lui commandait une stricte réserve. 11
vécut donc très retiré les trois jours qu'il resta à Lyon, évitant
'es lieux publics, les promenades fréquentées, se contentant de
parcourir seul, avec ses compagnons de voyage, les lieux qu'il
préférait, et d'examiner les désastres qu'avait supportés cette cité
qu'il avait vue naguère si animée et si laborieuse. Bientôt il con-