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ANTONIN MOINE. 425 qu'on a pu adresser, à juste titre, à l'œuvre, non à l'artiste. On a ignoré ou oublié que le plan, le premier modèle, a été déplorablemeul modifié par ordre supérieur. Je le sais, et je dois le dire, moi qui aï vu le travail primitif, moi qui ai enten- du les plaintes amèrés de l'artiste souffrant dans sa création outragée. Ce que j'affirme ici, du reste, se trouve attesté par le dessin de l'idée première, publié, je crois, dans le temps, par le journal l'Artiste, et très-certainement, en tous cas, par le Magasin pittoresque. On a pu juger ainsi la libre pensée du statuaire et donner à la critique de justes limites et une adresse plus exacte. Moine a eu plus de liberté artistique — et on s'en aper- çoit — dans ses Tritons des fontaines de la place de la Con- corde. Ils ont le lorva faciès qui convient a des personnages de la cour de Neptune , et, à leur courbure dorsale, à l'am- pleur de leur poitrine, on juge de la puissance du jet d'eau qu'ils dégorgent à la face des Néréides qui le leur rendent bien. C'est ainsi qu'on procède entre divinités marines bien faites. J'aurais à parler de plusieurs autres travaux importants ; mais le temps me presse, l'espace me manque, et j'ai à ap- précier ce talent multiforme sous un autre point de vue. Il me faut bien aussi réserver un peu de place enfin â l'homme que j'ai connu dès l'enfance, blâmé souvent, aimé toujours. Mais toutefois je ne puis passer sous silence une cheminée très habilement sculptée et fouillée par lui, laquelle est dans un des salons de l'ancienne Chambre des Députés. Justice fut rendue à celle œuvre au point de vue de l'art ; mais on fit des objections sur certaines formes féminines un peu vigoureuse- ment accusées.