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LOUIS-PHILIPPU D'ORLÉANS. 135
tyrannique du prince, concentra bientôt tous les soupçons par
son attitude équivoque et par la place qu'elle occupait dans
les libéralités testamentaires de l'auguste défunt. Amenée par
cessoupçonsà scruter lesantécédentsdemadamedeFeuchères,
la malignité publique y découvrit les déplorables obsessions
auxquelles cette femme s'était livrée pour décider le prince
de Condé à tester en faveur du duc d'Aumale, et ces intrigues
remontèrent jusqu'au père du jeune héritier. On dévoila une
correspondance secrète à ce sujet entre Louis-Philippe et l'as-
tucieuse baronne, et l'empressement opiniâtre que le roi mit
à couvrir l'inculpée de sa protection, l'espèce d'ostentation
avec laquelle elle fut reçue à la Cour, au mépris de la répro-
bation universelle dont elle était chargée, la disgrâce infligée
à deux magistrats qui avaient refusé de voir un suicide dans
la mort violente du dernier des Condë : toutes ces choses pro-
jetèrent sur l'éclat naissant de la nouvelle Cour un funèbre
reflet, et la mort du prince de Condé peut être regardée
comme le premier coup porté à celte considération populaire
dont elle avait joui jusqu'alors sans mélange.
Le gouvernement se trouva bientôt en face d'embarras plus
pressants par l'arrestation de quatre des anciens ministres de
Charles X, MM. de Polignac, de Peyronnet, Chanlelauze et
de Guernon-Ranville. Il fallait à tout prix épargner leur sang
et prévenir une explosion populaire qui, mal contenue, eût
ébranlé jusque dans ses fondements le fragile édifice de juil-
let. Au fond, rien de moins sérieux qu'une telle procédure.
Par l'application bien ou mal fondée de l'article 14 de la
charte, les signataires des ordonnances ne s'étaient proposé
que de dégager la monarchie de 1814 de l'étroite impasse où
d'imprévoyants conseillers l'avaient imprudemment acculée.
Leur véritable crime était dans une violation mal motivée de
l'ordre légal en vue d'une situation dont le danger n'avait
point encore frappé tous les esprits-, il était surtout dans le