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376 LOUIS-PHILIPPE DORLÉANS.
léans, l'appelait à de nouveaux devoirs. M. de Montesquiou
crut entrevoir la possibilité de recueillir un hôte dont la
trace semblait perdue pour ses ennemis. Le duc d'Orléans se
rendit auprès de lui à titre d'aide-de-camp, sous le nom de
Corby, et y demeura jusque vers la fin de 1794. Sa retraite
en Suisse commençait alors à n'être plus un mystère. Il fal-
lait fuir de nouveau. Mais de quel côté diriger ses pas ?
Mademoiselle d'Orléans avait quitté le couvent de Bremgarten
pour suivre en Bavière la princesse de Conti, sa tante, et
madame de Genlis s'était retirée à Hambourg. Le duc d'Or-
léans se décida à l'y rejoindre avec le projet de s'embarquer
pour l'Amérique. L'insuffisance de ses ressources pécuniaires
le força d'ajourner la réalisation de ce dernier projet. Son
séjour à Hambourg fut marqué par une de ces épreuves aux-
quelles ne l'exposait que trop le triste héritage d'un nom qui
résumait à lui seul tant de funèbres souvenirs. Un émigré
français le reconnut dans une rue de cette ville et lui demanda
comment il osait braver ainsi publiquement les regards des
victimes de son père. Un peu troublé d'abord par la brus-
querie de celte apostrophe, le prince se remit promptement :
« Monsieur, dit-il à son agresseur, vous ai-je personnelle-
ment offensé? me voilà prêt à vous satisfaire... Si vous n'avez
aucun reproche personnel à me faire, n'aurez-vous pas un jour
à rougir d'avoir insulté sur la terre étrangère un jeune homme
honnête et indépendant ! » Vaincu par la dignité modeste de
ce langage, l'émigré se retira silencieusement. Louis-Philippe
rencontra dans la même ville un vieillard qui avait vécu long-
temps à Paris des bontés de son père, et qu'assiégeait à celte
heure le plus atfreux dônûment. Le prince ouvrit sa bourse,
qui ne renfermait alors que quatre louis, et le força d'en ac-
cepter un.
Louis-Philippe partit pour Copenhague au mois d'avril
1793, accompagné du comte Gustave de Montjoie, son an-