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374                 LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉANS,

biographes de Louis-Philippe ont prétendu que le gouverne-
ment autrichien lui avait offert du service contre la France,
et qu'il avait énergiquement repoussé ces propositions. La
défaveur européenne attachée alors à sa famille permet de
douter de ce fait. On rapporte avec plus de vraisemblance sa
réponse aux officiers autrichiens qui s'étonnaient de lui avoir
vu prendre, à l'imitation de son père, le nom burlesque d'É-
galité : « Je n'ai pris ce nom , leur dit-il, que pour mettre
dedans les badauds de Paris (t). » Quoiqu'il en soit, Louis-
Philippe ne tarda pas à quitter le territoire de l'empire. Il
se rendit à Bâle sous un nom supposé, et rejoignit sa sœur à
Schaffouse, d'où ils se proposaient de passer à Zurich pour y
fixer leur résidence. Mais cette ville, devenue le séjour d'un
grand nombre d'émigrés français, ne leur offrant aucune
apparence de sécurité, ils se réfugièrent à Zug. Les suspicions
ombrageuses des magistrats les expulsèrent bientôt de ce
nouvel asile, et les augustes proscrits comprirent à regret
que leur sûreté dépendait d'une prompte séparation. Elle
eut lieu le 20 juin 1793. Mademoiselle d'Orléans fut admise
au couvent de Bremgarten par la protection du général de
Montesquiou, exilé comme elle, et ne retrouva son frère
qu'à Portsmouth, sur la fin de 1808.
  Abandonné à lui-même, sans crédit, sans ressources, sans
un ami, accompagné d'un domestique nommé Beaudoin,
seul être demeuréfidèleà sa mauvaise fortune, Louis-Philippe
parcourut à pied une partie de la Suisse, le bâton de pèlerin
à la main, le havresac sur l'épaule, couchant sur la dure,
exposé à toutes les privations, à toutes les intempéries, lut-
tant avec courage contre la fatigue et la pauvreté, et recueil-
lant partout les bons effets d'une éducation frugale et tem-
pérante. Il se présente le 27 août à la porte de l'hospice du

   (i) Histoire de la conjuration d'Orléans, tom. I, p. 117.