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DE LA DOULEUR DANS LE TEMPS. 71
voit même ici-bas pour la fortune comme pour le génie et la
vertu. Les pierres de la base sont les plus lourdes à remuer!
Celui-là en atteindra la perfection , qui a su poser les fon-
dements de son être. L'amour ne doit naître que de lui-même;
et c'est bien là son mérite. 11 faut qu'il ait été créé le plus
petit ; c'est la seule condition pour qu'il s'élève à l'Infini. Pé-
nétrez avec cette pensée les origines insondables...
Aussi, j'ai remarqué dans les Ecritures deux jugements
inexorables. Le jugement qui fixe le sort dont les divins Es-
prits n'ont pu se relever, jette un jour sinistre sur les premiers
plans de la création ; et celui qu'en dernier lieu l'Evangile
a porté contre les riches de la terre , projeté jusque sur
le plan où nous sommes une lueur qui épouvaute... Dieu se
voit donc obligé de tenir de son côté les êtres aussi faibles
que possible , afin de tout laisser faire à leur liberté. 11 n'y
a de solide en l'homme que ce qu'elle a fondé !
Et l'absolu , au lieu de nous donner l'être tout fait, nous
envoie la grâce...
Ah ! la bonté de Dieu s'est arrêtée bien à temps... Parmi
nous , ce sont ceux à qui il a donné le plus qui font le moins :
Voyez les riches ! ne cherchent-ils pas à éviter toute peine ,
même lorsqu'il faut louer Dieu! C'est cette frayeur de la dou-
leur et de la peine qui établit si vite leur infériorité. La for-
tune tombe des mains qui fuient la fatigue, et, ainsi que l'in-
telligence , échappe aux enfants dégénérés dans une éduca-
tion sans vigueur. C'est toujours le plus humble qui travaille,
le plus simple qui s'élève, et l'être faible songe le premier
à aimer.
Qui oublierait que Caïn , le premier né d'Adam , fut en-
gendré dans le paradis terrestre !.. Dieu n'a pu suivre sa
bonté... plus son amour s'avance en nous, moins notre liberté
a de place. La grâce ne verdit en sûreté que sur la tige qu'elle
a formée. Dans l'enivrement des dons de la nature, l'âme