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                DE LA DOULEUR DANS LE TEMPS.                     69
Ah ! que l'homme doit avoir une grande âme!... Il a fallu
que la douleur, ouvrant dans son cœur des abîmes , reculât
les bornes de l'être devant ce titan immortel.
   Car la mesure de l'effort est celle de la liberté ; et la liberté
de l'âme, son angle ouvert dans l'infini...
    La liberté n'est pas un don ; la liberté est d'elle-même ,
à l'image et ressemblance de Dieu ! Si l'infini avait pu se r é -
péter hors de lui, Dieu n'aurait pas eu recours à un mode de
création. Le créé , c'est le relatif; il faut qu'il ait ses bornes !
En créant l'homme entièrement, Dieu l'eût jeté dans la con-
dition toute contraire à l'absolu... Convoquée pour l'immorta-
lité , l'âme devait tenir de son acte ce qu'elle ne pouvait tenir
de son être. Il fallait à l'ami de Dieu un motif réel à la Gloire!
    Ne pouvant se devoir sa substance , l'homme se devra sa
personne.

   Delà, Dieu nous créa le moins possible. Il sacrifia en
nous la nature , pour mieux nous remplir de la grâce. Et
l'homme devait être créé d'autant moins que, s'il revenait
sur son être pour détruire ce qu'il n'avait pas créé , le mal
qui accomplirait cette cruelle opération, allait ouvrir plus
haut dans l'amour une source surnaturelle... Il faut voir les
faits, et non pas s'arrêter aux mots ! Car ceux qui n'aper-
çoivent de la chute que le mal et la douleur, pensent qu'au
lieu de créer l'homme si faible et si prêt de faillir, Dieu au-
rait bien pu le rendre aussi parfait que les anges, et surtout
aussi heureux ! L'homme plus heureux , il leur semble que
tout serait dit...
  Il est rare qu'on ne fasse pas la bévue de mettre sur le
compte de Dieu tous les inconvénients du relatif, conséquem-
ment toutes les difficultés qui tenaient à une création. Au
commencement, on l'oublie, l'Absolu seul devait exister, et
déjà il a fallu en braver les conditions éternelles pour qu'en