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470 LES QUAIS DE LA SAÔNE. un verre d'eau fraîche qui lui occasionna une fluxion de poitrine dont il mourut trois jours après à Tournon. Montécucully à qui sa haute faveur avait fait de nombreux ennemis fut accusé d'avoir voulu empoisonner le prince et il fut écartelé dans la rue Grenette, sous les yeux mêmes de François 1 " e t d'une foule de grandes dames accourues à cet horrible spectacle. L'ex-couvent des Saintes-Claires avait devant lui les plans inclinés du riant coleau de Sainte-Foy, célèbre par la bonté de son vin et la limpidité de son eau. C'est au pied de ce coteau dans l'ancien chemin des Etroits que J.-J. Rousseau passa une si délicieuse nuit, et Mouton Duvernet un si terrible moment. La Mulatière est là tout près avee ses auberges renommées pour leurs excellentes matelotes. La Mulatière est le point où le Rhône et la Saône se rencontrent et ne font plus qu'un immensefleuveque sillo- nent les bateaux à vapeur et que longent les nombreux convois du pre- mier chemin de fer construiteD France, celui de Lyon à St-Etienne. Si, remontant la Saône, nous allons à l'autre extrémité de laville, nous y trouverons un funèbre pendant à la fin tragique de Monté- cucully. N'oubliez pas, en suivant le quai de Bondy, de visiter Saint- Paul, celte ancienne église, romane à l'extérieur, et qu'on a fait grec- que à l'intérieur malheureusement,où le chancelier Gerson, l'auteur présumé de Ylmitation de Jésus Christ, se fît l'instituteur des plus pauvres enfants du quartier. C'est dans une chapelle de l'église Saint-Laurent .annexe détruite de Saint-Paul, que fut placé le tombeau de cet homme vénéré. Il fut mis à découvert à deux époques différen- tes, en 1642 et 1842, et l'on put y lire ces mots, devise de Gerson: Sursum corda. Pœnitemini et Crédite Evangelio, et rien chez nous ne rappelle encore le souvenir du chancelier. A l'angle de la rue des six Grillets se trouve la maison du roi des Ribauds; l'on y voit encore aux croisées des ornements sculp- tés, armes parlantes de son premier propriétaire. Chargé le soir de la police de la ville, l'ancien maître de cette demeure en sortait muni d'un long filet sous lequel il retenait captives les filles folles de leur corps qu'il surprenait vaguant après l'heure du couvre-feu, sonnée par le gaète de Fourvière. L'heureux temps que celui où un filet suffisait pour arrêter filles et buveurs attardés!