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100 enflait ses drames de déclamations philosophiques et anti- religieuses à la manière de Voltaire et de tous nos auteurs dramatiques de la fin du siècle dernier. Pendant que la philo- sophie idéaliste allemande réagissait contre la philosophie matérialiste du XVIII e siècle, les héros de Kotzbue invo- quaient le droit de nature, glorifiaient les passions et trou- vaient la justification de ce qu'elles peuvent avoir de mauvais dans l'instinct fatal qui les fait naître. Quand l'Allemagne s'agenouillait devant Goethe et Schiller, Kotzbue, semblable au soldat romain, insultait les triomphateurs. KÅ“rner chantait : « Où est ta patrie, barde guerrier? » « Là où resplendit honorée l'étoile du génie, où fleurissent « des couronnes pour tout ce qui est noble et beau, où, dans « une sainte joie, des cÅ“urs généreux s'enflamment au nom « magique de liberté,—c'est là qu'est ma patrie ! » Et Kotzbue forçait ces bons Allemands à rire de leurs pro- pres sottises et des ridicules de leurs poètes chéris. L'Allemagne, enivrée d'une victoire sanglante, voulait mor- celer sa nationalité glorieuse et consacrer chacun de ses frag- ments dans un état politique fédératif; Kotzbue préconisait et réclamait les grandes unités monarchiques. L'Allemagne ve- nait de secouer le joug de Napoléon, l'empereur d'occident ; Kotzbue appelait sur elle la redoutable protection du czar, l'empereur d'orient. Mais, Monsieur, je ne veux pas dépasser les bornes d'une simple note biographique, je finirai donc en vous donnant le résumé de l'opinion généralement reçue sur le mérite de Kotzbue. On le considère comme un auteur dramatique com- plètement initié dans la science des grands effets de la scène, chose rare en Allemagne, et connaissant bien sur quelle partie du cÅ“ur il faut appuyer pour faire sortir des larmes. Dans la comédie, personne ne l'a encore fait oublier au-delÃ