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Peut-être touchons-nous là au secret des Saints; moi je
m'imagine qu'ils avaient , dans les délices de la prière et de
l'extase, des pensées d'amour qu'ils ne croyaient pas pos-
sible d'exprimer ici bas      0 vous tous qui avez aimé, Pla-
ton, Dante, Paul, René ! Béatrix, Virginie, Atala, Rachel 1
et vous, âmes plus ignorées, mais non moins chastes et moins
ardentes, qui avez versé le trésor de vos vertus et de votre
affection dans le secret de la vie privée; oui, vous surtout,
nobles femmes, qui avez porté dans le mariage la pureté de
l'amour platonique, et qui l'avez ainsi introduit dans la fa-
mille, son véritable sanctuaire, venez, vous aurez bientôt
compris ma pensée! Venez, il me semble que vous m'aiderez
à pénétrer mon propre secret: si je ne sais que c'est vous qui
 m'écoutez, je n'oserai jamais dire ce que j'ai appris de mon
cœur.

    Comme nous l'avons déjà remarqué, si l'homme n'a trouvé
de joie ici-bas que dans la bonté de son père, dans la ten-
dresse de sa mère, dans l'amour de sa femme, dans l'affection
de ses enfants, dans l'amitié de ses amis, et dans la contem-
plation des beautés de l'univers, quelle joie trouverait-il avec
celui qui serait tout à la fois pour lui comme son père, comme
sa mère, comme une épouse, comme un frère, comme un
ami, et comme la nature avec tous ses enchantements ?
   Or, voici ce qui m'arrivait : lorsque je pensais profondé-
ment à Dieu, et que mon ame se sentait approcher de lui,
il se faisait quelque chose en moi comme s'il eût été mon plus
proche parent; l'émotion que j'éprouvais était si tendre, que
je n'osais la comparer au seul sentiment auquel elle ressem-
blait, et je m'en revenais toujours troublé autant que ravi.
Car, lorsque je n'éprouvais qu'un sentiment de piété respec-
tueuse, je croyais que Dieu devait être naturellement adoré
ainsi; mais lorsque je ressentais pour vous, mon Dieu, le