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60 nètre, se porte vers le bien en général d'un mouvement qu'on reconnaît nécessaire et impersonnel, parce que ce mouvement ne vient point de l'homme, que ce qui vient de l'homme c'est l'acte delà volonté, avec laquelle il se porte vers tel ou tel bien spécial. De sorte que l'amour reste aussi impersonnel au fond du cœur, malgré l'usage qu'en fait la volonté, que la conception au fond de la raison, malgré l'u- sage qu'en fait l'intelligence. Alors, de même que si la rationnalité ne recevait pas direc- tement de Dieu le rayon impersonnel de la lumière intel- ligible, le bien, le vrai et le beau, dont cette lumière nous donne la conception, ne seraient pas le bien, le vrai et le beau, et ces notions ne seraient point infaillibles; de môme, si le cœur ne recevait pas directement de Dieu le sentiment impersonnel de l'amour intelligible, le mouvement vers le bien, le bon et le beau, dont cet amour nous inspire l'affec- tion, ne serait pas le mouvement vers le bien, le bon et le beau, et ces affections ne seraient point légitimes. De sorte que si la lumière de la raison nous révèle les caractères de la substance de Dieu, et, selon la belle expression du philosophe, nous donne le droit d'en parler, puisque cette raison nous vient directement de lui; le sentiment de l'amour, qui nous révèle la vie de Dieu, ne nous donne-t-il pas également le droit d'en parler, puisque cet amour nous vient aussi directement de lui? Ou bien, le sentiment intégral d'amour que Dieu envoie à noire cœur pour le vitaliser, serait-il moins divin que le rayon intégral de lumière que le même Dieu envoie à notre raison pour l'éclairer? Comme déjà nous l'avons reconnu, l'amour, ou la vie, que Dieu communique à l'homme, n'est-il pas semblable à l'amour, ou à la vie, que Dieu a en lui-môme; car pourrait-il communiquer à sa créature une autre vie que la sienne, c'est-à -dire une vie qui tendrait où ne tend pas