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DE LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE. 467
constate qu'en même temps que nous avons conscience de
notre nature finie, nous avons nécessairement l'idée d'une
nature infinie, idée qui renferme en elle la vérité de l'exis-
tence de Dieu. Mais l'éclectisme n'a pas seulement considéré
la raison dans sa sphère métaphysique comme le XVIIe siècle,
déjà il l'a suivie non seulement dans la morale pure, mais
aussi dans ses applications à la morale sociale et politique, et
tout annonce qu'il ira plus loin dans cette voie à l'exemple
de la philosophie du XVIIIe siècle.
Ainsi, héritière à la fois de la philosophie des deux grands
siècles qui l'ont précédé , la philosophie du XIXe siècle en
revenant à la plupart des grands principes métaphysiques
du cartésianisme, et en combattant la plupart des principes
métaphysiques de l'école de Condillac, n'a pas cependant re-
noncé à cet amour de l'humanité et de la justice qu'inspirait
la philosophie du XVIIIe siècle. Ce qu'elle laisse au XVIIIe
siècle, c'est cette contradiction par laquelle il réclamait et dé-
fendait les droits de l'humanité en partant d'un principe
métaphysique qui en renfermait implicitement la négation
absolue. Aussi peut-elle les défendre avec «fautant plus de
force et de succès, qu'admettant une raison divine et absolue
dont la lumière éclaire tous les hommes, source d'où décou-
lent des vérités absolues pour la morale et pour la pratique,
elle rapporte ces droits à leur vrai principe, et les fait reposer
sur un inébranlable fondement.
Animée de ce môme esprit qui poussait la philosophie du
XVIIIe siècle 'à prendre si vivement en main la cause des
droits de l'humanité, elle s'est chaleureusement associée au
mouvement libéral contre la restauration, et à la défense des
institutions modermes contre les préjugés d'un autre âge. On
a dit que l'éclectisme était la philosophie de la restauration,
il eût été plus juste de dire que c'était la philosophie dont la
restauration n'avait pas voulu. J'en atteste l'école normale, son