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314 MÉMOIRE SUR L*ATLANTIDE.
récit de Platon ; mais il est un point sur lequel il présente
une difficulté bien grande et presque insurmontable. Comment
éloignée de l'Egypte, de toute la longueur de la Méditerranée,
comme le serait l'Atlantide, l'antiquité aurait-elle pu dire
qu'elle y confinoit? Et comment à une si grande distance,
les Allantes auraient-ils pu attaquer la Grèce et l'Egypte et
devenir pour ces pays des adversaires si redoutables?
Vient ensuite l'opinion de Delisle de Sales qui, dans son
Histoire philosopheque du Monde primitif, place l'Atlantide
dans la bassin môme de la Méditerranée qu'il pense, avant la
rupture du Bosphore, avoir été moins étendue qu'elle ne l'est
maintenant, et avoir été occupée en grande partie par une
île immense dont les débris sont là Corse, la Sardaigne et les
îles environnantes. « Mais celte position, dit le célèbre voya-
geur Badia, où autrement Aly-Bey, beau-père de Delisle de
Sales, ne répond pas aux données que tenons des prêtres de
Sais, puisque l'Atlantide ne serait plus sur les bords de la mer
Atlantique, si on la plaçait, comme il le fait, au milieu
de la Méditerranée, qui jamais n'a porté le nom d'Atlanti-
que, ni vis-Ã -vis l'embouchure que les Grecs appellent dans
leur langue les colonnes d'Hercule, c'est-à -dire le détroit de
Gilbrallar, d'où, selon l'auteur cité, elle aurait été éloignée
de près de deux cents lieues. Dans cette hypothèse, aucune
ligne droite tirée de l'île n'eut aboulie au détroit, sans passer
par des terres intermédiaires, à cause de la projection des
côtes de cette mer ; d'ailleurs le petit espace où il place cette
île ne pouvait contenir un territoire aussi étendu que la
Lybie et l'Asie ensemble, quelque soit la réduction que l'on
l
asse subir aux pays connus alors sous ces noms, et encore
moins un territoire sur lequel régnaient plusieurs rois célè-
bres par leur puissance, qui étendaient leur empire sur de
grands pays adjacents et qui étaient fiers de tant de forces (1). »
(•) Voyages, t. I, p. 37.',.