page suivante »
LOUISE LABÉ. ,- 197 Les sonnets formeraient peut-être le plus beau fleuron de la couronne poétique de Louise Labé, s'ils avaient tous la môme valeur. Mais on y remarque une progression de talent, indice presque certain des époques différentes auxquelles ils ont dû être composées. De sorte* que si l'on avait à hasarder une conjecture à cet égard il faudrait placer chacune de ces pro- ductions dans le même ordre où elles ont été imprimées, sans date, comme appartenant au temps même de l'impression. 11 est presque évident, au contraire, que leur auteur, par cela même qu'elle ne faisait pas une occupation de cet ex- ercice, les aura laissé tomber de sa plume, dans des moments perdus assez éloignés les uns des autres. C'est ainsi que les sept ou huit premières de ces petites pièces n'appartien- nent presque pas à l'art et pourraient être retranchées du recueil, sans que le mérite de l'auteur eût beaucoup à s'en plaindre. Nous ne disons pas qu'il faille suivre ce conseil, car tout est à respecter dans la trop courte collection de ces œu- vres, et il n'est pas sans intérêt surtout de remarquer la pro- gression d'un talent qui n'est lui-même que le prélude de la poésie française. On en pourrait dire autant des trois quarts des auteurs de la Pleïade qu'on loue sur parole et dont les écrits sont devenus plutôt une étude d'amateur que le vé- ritable répertoire de la langue d'aujourd'hui. Mais ces pre- miers essais de la poésie ont un grand intérêt pour nous, non parce qu'ils sont réellement, mais par ce qui doit les suivre. En ce sens, ils sont moins frivoles qu'au moment même où ils parurent. Le poète est chose légère ; le contraire pourrait se soutenir, et, à un certain point de vue, il serait facile de prouver qu'il n'y a rien de frivole dans le domaine de l'art. Avant qu'un siècle se soit écoulé, Corneille aura suivi Jodelle, et les critiques de nos jours n'hésiteront pas à remonter de Victor Hugo jusqu'à Ronsard. Or, Jodelle, poète tragique, n'était rien alors qu'un ami de ces petits messieurs qui fai-