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DANS LE DRAME. 53 sident pour une bonne moitié dans l'organisation, c'est-à - dire qu'ils sont d'abord des instincts. En le disant, le théâtre moderne a chassé de la scène le stoïcisme sculptural en même temps que le christianisme de Thébaïde, qui détruisaient cha- cun la moitié de l'homme. Il a pris le sentiment en lui- même et il l'a trouvé sublime: l'amour irraisonné de la mère pour son enfant, de l'amant pour sa bien-aimée, du fils poui pour son père , ce quelque chose qui sort des entrailles, puissance divine, irrésistible, il l'a pris tel qu'il est. C'est qu'en effet ces sentiments sont beaux, en dépit de la raison et du choix. Mais quoi ! me dit-on, vous abaissez l'homme! vous le réduisez à la condition des brutes ! Les bêtes aussi ai- ment leurs petits avec fureur ! Ah ! je préférerais bien n'en point parler. Je ne sais trop ce qui se passe chez les bêtes, et je ne m'explique point comment tant de gens paraissent le savoir; mais il y a, je crois, une réponse toute prête pour cette objection qui doit être bien forte, si j'en juge par le nom- bre de fois dont on s'en est servi ; la réponse, elle est dans cette idée de Pascal : « Quand l'univers écraserait l'homme, l'homme serait encore plus grand que l'univers, car il sait qu'il meurt. » Eh! bien, le père sait qu'il aime, la mère sait qu'elle aime, ils savent qu'ils sont vaincus par une passion toute-puissante , et ils se complaisent dans cette défaite, voilà pourquoi ils m'attendrissent. N'en déplaise à M. Saint-Marc Girardin, ces vers de V. Hugo qu'il a cités : Il est si beau l'enfant avec son doux sourire , Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire , Ses pleurs vite apaisés ; Laissant errer sa vue étonnée et ravie, Offrant de toutes parts sa jeune ame à la vie Et sa bouche aux baisers.