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482 les premiers siècles de l'ère chrétienne, ils cessaient môme déjà de fournir des hommes distingués au monde guerrier et savant. Vous me permettrez donc de reconnaître ici un léger anachronisme de mille ans, et de nier l'influence du tabac sur les Grecs. D'ailleurs, ceux de nos jours, outre qu'ils sont en- core fort beaux et fort brillants, passent aux yeux de tout le monde pour un peuple intelligent, spirituel et brave, dont l'ancien caractère a été violemment modifié, il est vrai, mais non pas absolument détruit par la barbarie du moyen-âge. Laissez une civilisation féconde réveiller dans leur petit royau- me le goût des arts et des lettres, et vous y retrouverez encore les descendants d'Homère, d'Hippocrate, de Démosthènes et de Léonidas (E). L'universalité du tabac plaide en sa faveur, je le répète, plus que toutes les apologies. L'anglais Peler Columbell, que M. Montain cite dans sa note, paraît avoir eu un esprit arriéré ou un estomac débile; peut-être tous les deux. Mais, à coup sûr, il y joignait un égoïsme ignoble, qui profitait d'une loi inique pour imposer à son fils de stupides privations ou la misère (1). M. Charles Dupin, cité dans une autre note, me fait l'effet d'un singulier rêveur. « Il prouve évidemment, dit M. Mon- tain, que l'ouvrier qui se priverait de cette funeste habitude, et qui mettrait de côté l'argent qu'il y dépense, se réserve- rait une sorte d'aisance pour l'avenir. » Que vous semble-t- (R) Je suis bien aise que vous me promettiez des Homère et des Léonidas dans notre Grèce régénérée, mais je suis certain que nous en aurions plutôt et davantage, s'ils ne fumaient pas. G. M. (1) Quoique le testament de Peler Columbell ne dut avoir d'effet qu'a- près sa mort, c'était bien I'égoïsme qui le lui avait dicté, car ses prescriptions n'avaient pour but que sa satisfaction propre.