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                  GUERIN.
    Il y a, à Lyon, une rue qu'on appelle la rue Longue, bien
 que ce soit aujourd'hui l'une des moins longues de la ville.
 C'est une vieille rue, étroite, caillouteuse et tellement humide
que le sol ne sèche jamais. Les maisons sont plus que cente-
 naires, s'élevant à pic, presque hors de vue. On dirait des
 prisons de cour d'assises, prisons à l'aspect bourgeois, dans
lesquelles on se préoccupe peu de l'agrément ou du bien-être
 du prisonnier. Les malheureux qui habitent ces maisons, sont
radicalement privés de soleil, et la clarté du jour les éclaire
seulement la moitié de l'année. L'air et la vue du soleil n'y
rafraîchissent jamais la poitrine ni le regard. Le rez-de-
chaussée de ces maisons est distribué en magasins où l'indus-
trie du fil entasse ses produits. Ce quartier, véritable fourmil-
lière, cité souterraine, est habité aussi par une sorte de
fourmi humaine, qui se meut par les mêmes instincts d'ava-
rice et de rapacité. Les figures y sont blêmes, les idées uni-
formes, bornées, les préoccupations exclusives. Nulle part
l'apparence du luxe, pas la plus minime velléité de dépense;
une vie de privations et de ruses, la pétrification de la pen-
sée, l'absence de tout autre goût que l'appétit de l'argent.
   Cette rue fut le berceau du père Guérin. — Il naquit toi-
lier, et grandit à l'ombre des étagères d'un noir magasin.
L'histoire de ses jeunes années est restée enfouie dans l'obs-