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254 Quand cette harpe d'ange est brisée ou perdue, Hélas! c'est que de nous Dieu détourne sa vue, C'est que la nuit chasse le jour. Oui, Dieu m'a délaissé puisque tu m'es ravie ; Oui, la nuit a jeté son ombre dans ma vie, Sans laisser un seul astre aux cieux. Comme ces feux du soir qui glissent dans l'espace, Ton amour s'est éteint sans laisser une trace Qui trouble l'azur de tes yeux. J'avais prévu l'orage au sein des beaux jours mômes Quand ma tremblante voix te disait : Si tu m'aimes Sois assez riche d'un seul bien ; Ne livre pas ta barque au torrent qui s'écoule ; Ne livre pas ton front aux regards de la foule ; Mais cache ton cœur dans le mien. Qu'espères-tu des jours qu'un lourd soleil dévore? Les plus beaux sont dans l'ombre où l'amour les colore De ses reflets mystérieux : Le monde flétrit tout de son haleine impure, La retraite et la paix font l'ame douce et pure; La pureté fait croire aux cieux. Mais le malheur avait désigné sa victime ! Une infernale main te poussait dans l'abîme... Fatalité! fatalité! Je ne pouvais, hélas ! te sauver de toi-même, Et par les nœuds rompus de cet amour suprême Tu brisas ma félicité.