page suivante »
243 Son éclat passager ici-bas brille à peine, Que, rapide, effleurant nos fronts voilés de pleurs, Elle nous abandonne au milieu des douleurs ; On la rappelle encor, — mais le rayon céleste S'est éteint, — et pour nous, seul, le souvenir reste. Le souvenir ! —Eh bien ! Paganini divin, Sur la terre pour lui tu n'auras pas en vain Chanté : fidèle aux sons dont la douceur l'enivre, Le souvenir en nous toujours te fera vivre ; Et comme un pur bonheur qu'un jour on a goûté, Et dont le frais parfum dans le cœur est resté, Comme un bien qui n'est plus, mais qui survit dans l'ame, Et dont après longtemps l'on sent encore la flamme, Tes suaves accords qui charmèrent nos jours Dans nos cœurs palpitants retentiront toujours ! III. Et moi, — si le poète à l'avenir peut croire, Si de ses vers un jour l'on garde la mémoire ! — Malgré la sombre envie et le temps, ces jaloux Qui, toujours acharnés, grondent autour de nous, Oh ! de cette soirée heureuse, enchanteresse, Et dont mon ame émue a savouré l'ivresse, Aux jours les plus lointains de la postérité Je transmettrai la gloire et la célébrité ; Et les derniers neveux prêteront leurs oreilles ; O maître l ils entendront les bizarres merveilles, La musique inconnue et les secrets de l'art; Puis ils regretteront d'être venus trop tard,