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309 Un pareil homme servait l'antique génie de Home, autant qu'il était possible de le servir dans un siècle pareil. Ce qu'on pourrait attribuer à sa vertu et au sang d'Octave, son père, qui avait laissé les plus honorables souvenirs, doit être rap- porté à des influences plus générales. Il ne manquait pas alors d'esprits éminents, qui, jugeant nécessaire le chan- gement des choses, souhaitaient de mettre d'accord les tra- ditions du passé et les besoins de l'époque nouvelle, surtout de faire planer au dessus de tous les faits sociaux et de toutes les institutions politiques ce sens moral qui, grâce au pro- grès des temps et à la philosophie de Zenon, commençait à se dégager des superstitions religieuses. Cicéron avait pré- paré les voies à ce parti dont il fut l'orateur; Virgile en fut le poète et la plus pure gloire. Tous deux lui prêtèrent ces lu- mières de l'esprit et ces délicatesses de l'âme qu'ils avaient puisées dans une étude savante et choisie de la littérature grecque, sur laquelle les Romains s'étaient jetés d'abord au hasard avec le peu de discernement de gens grossiers et sur- pris. Sur ce point ils se ressemblèrent, mais ils différèrent en ceci : Cicéron tourna tout son savoir à raffermir chez ses concitoyens le sentiment du devoir, à éclairer l'idée du droit civil et politique, à éveiller le goût des arts et de la philoso- phie, de tout ce qui fait la force et l'ornement d'un état; c'est en arrachant la société à elle-même, en la plongeant dans le sein de la nature', en lui rendant la conscience de son ber- ceau, que Virgile voulut la purifier et la rajeunir. Que fit Rousseau au dernier siècle? ne vint-il pas aussi dans un temps, où toute pudeur était profanée, où toute foi. chancelait, où la corruption, encouragée par l'exemple de ceux qui auraient dû la combattre, ruinait non seulement la base de tous les pouvoirs et de toutes les croyances, mais le corps social lui-même? Quelles paroles fit-il entendre au milieu de ces hommes frivoles, las et dépravés qui roulaient