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« — L e pont du Rhône est fort long, ayant vingt a r c h e s ,
« et il se rencontre deux choses singulières dans sa construc-
« tion. Premièrement, ayant été bâti fort étroit, en sorte qu'il
« n'y avait que le passage d'une charrette, on a élevé tout
« joignant un autre pont tout semblable, mais dans la suite ,
« pour donner à cette masse , composée de deux parties , la
« solidité nécessaire , on a été obligé de faire passer dans
« toutes les arcades, d'un côté à l'autre, de grosses barres
« de fer, avec des clefs à chaque bout. Secondement, les
« autres n'étant pas bien grandes, il arrivait qu'elles se bou-
« chaient aisément par le sable que la rivière charrie ; pour
« y remédier, un architecte entreprit, il y a près de trente
« ans , un coup hardi qui a réussi; des deux arches près le
« milieu, il n'en fit qu'une, coupant la pile du milieu, et
« grossissant celle des deux côtés. La ville de Lyon est char-
« gée de l'entretien du pont du Pihône ; cependant quand il
« y a des réparations extraordinaires et grandes, on prend
« une partie du fond par imposition sur la province (1). »
Voici comment d'Herbigny jugeait le peuple de L y o n , et
il n'avait point trop mal saisi sa physionomie.
« Lyon étant, dit-il, une ville toute marchande, l'esprit
« des marchands y règne; de l'industrie, de l'invention, de
« la souplesse, beaucoup d'attachement à son intérêt, beau-
« coup d'ordre et d'application aux affaires. Par rapport au
« gouvernement, l'autorité y est si bien reconnue, qu'il se-
« rait mal aisé de distinguer en quel lieu elle est mieux éta-
« blie; mais on peut dire qu'il n'est point de grosse ville de
« la considération dont est Lyon qui soit plus facile à gou-
« verner par deux raisons : l'une, qu'il n'y a point de gens
« de qualité ni de distinction, soit par leur naissance , soit
« par leur état, à oser rien e n t r e p r e n d r e ; l'autre, que les
« habitants sont non-seulement riches, mais s'enrichissent
« journellement. Ainsi, ils seront toujours contents par leurs
(1) lbid., p. 8.