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sans fortune recueillie par lui. Le brave vieux colonel
n'avait jamais connu cet amour qui tue; aux jours de nos
grandes guerres, on n'avait pas le temps d'aimer, de
devenir amoureux suivant toutes les règles ; aussi s'était-il
pris à rire lorsque son fils lui avait déclaré qu'il ne
pouvait plus vivre sans sa jolie cousine ; il avait donc
refusé et fini par se fâcher contre cette mauvaise tête,
qui jurait de se brûler la cervelle si l'on contrariait son
amour. Huit jours après, il les renouvela sans plus de
succès ; et ce soir-là, on entendit dans le château un bruit
d'armes à feu.
   Maintenant vous devinez le reste ; cette situation nou-
velle, ces jeunes gens qui s'aimaient, ce vieux père,
cette si jolie et séduisante petite femme qui me gâtait,
me cajolait, je devins de la maison, je m'y établis, et j'y
passais mon temps fort doucement, je vous jure.
   Vous savez peut-être que de toutes les parties com-
posant notre individu, la tête est celle qui guérit le plus
promptement des blessures, plaies, contusions ; moi et la
bonne nature aidant et quelque peu aussi la jolie cousine,
je suppose, j'eus le plaisir, un matin, de déclarer notre
jeune officier apte à faire un mari. Et un mari pas trop
mal de figure, je vous l'affirme ; car c'est bien là une des
blessures les plus extraordinaires que j'ai vues ; figurez-
vous que le front s'était parfaitement uni et dépouillé,
l'épiderme s'était purgée de tous les grains de poudre
qui souvent restent toujours comme autant de points
d'un noir bleu ; les yeux, par un bon heur, par un ha-
sard dont je ne me rends pas compte, n'avaient pas
souffert; ils étaient aussi sains et presque d'un bleu
aussi beau et aussi doux que les vôtres, jeune dame, qui
me regardez là si attentivement. Il avait seulement gardé