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des historiens, point inférieure à son amie Louise Labé, en
esprit, en génie pour la poésie et en talent pour la musique; de
plus, elle lui fut supérieure en vertu et en bonne renommée.
    Clémence de Bourges eut l'honneur d'être présentée à deux
rois de passage à Lyon, et de les amuser par ses vers, ses chan-
sons et son talent pour la musique, dans les diverses fêtes
qu'on leur donna. Les autres contemporains la comblent des
plus grands éloges ; du Verdier la nomme la perle des demoi-
selles lyonnaises ; de Rubys l'appelle dans ses œuvres : une
perle vraiment orientale.
    Or donc, en l'année 1530> à l'époque que nous venons d'in-
diquer ci-dessus, dans une chambre qu'on prendrait volon-
 tiers pour un oratoire, meublée qu'elle est d'un prie-dieu et
 de plusieurs tableaux à sujets religieux, sont trois person-
nages assis sur des chaises à dossiers élevés , au haut desquels
sont sculptées des armoiries. Deux femmes et un homme
composent la petite assemblée et semblent disputer entr'eux
avec chaleur. Les deux femmes sont belles, à l'air noble
et gracieux. L'une d'elles sourit toujours, et son visage ex-
prime la gaîté ; l'autre est triste et pensive, et ses paupières
rouges et animées témoignent des larmes qu'elle verse trop
souvent ; l'homme a la tournure d'un hardi et élégant cava-
lier , ses traits sont beaux, et sur sa personne entière on lit
à la fois gravité et enjouement, trivialité et noblesse. La fem-
me, à la figure riante, c'est Louise Labe , surnommée la Belle
Cordière, la gentille lyonnaise^ la charmante femme-auteur.
La jeune fille, aux yeux remplis de larmes, c'est Clémence de
Bourges, spirituelle et touchante, au cœur plein de poésie ;
l'homme est Clément Marot, le jovial poète, l'effronté rimeur,
pour les uns propre à jeter au feu avec toutes ses œuvres,
pour les autres bon compagnon, ami de la joie et de la fran-
chise.— Eh bien ! damoiselle, dit Clément Marot, en s'a-
dressant à Clémence de Bourges, toujours des pleurs, tou-
jours de la tristesse? M'est avis qu'il faut aussi bonne allé-
gresse; si les larmes vont bien à votre visage, belle amie, les