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Il en était là , lorsqu'un homme qui l'avait interpellé à deux
reprises, sans en obtenir de réponse, tellement sa ligne
l'occupait, monta deux échelons et se hasarda à le tirer par
le pied.
Eh! camarade!
César tourna la tête et regarda en bas par-dessous son bras
gauche.
— Qu'est-ce que c'est ? dit-il.
— Je vous ai appelé deux fois; vous n'entendez donc
rien ?
— Ah? parbleu , quand on est dans le feu de la composi-
tion... vous croyez, vous.... mais descendez donc de là , j'ai
bien déjà assez d'embarras avec mon enseigne.
— C'est qu'on m'envoie vous chercher ; on vous attend.
— Qui donc ?
— Le bourgeois pour qui vous travaillez ; il est là -bas } au
cabaret, sur le Champ-de-Mars.
— Ah ! ah ! j'y vais tout de suite, laissez-moi arran-
ger ça.
— C'est qu'il vous attend pour déjeûner , ça va se refroidir,
et il m'a dit que vous veniez.
L'artiste descendit à l'instant.
A deux cents pas de l à , dans le rez-de-chaussée d'une guin-
guette donnant sur le Champ-de-Mars, au milieu de bouteilles
renversées et de flots de vin coulant sur les tables, parmi
une douzaine d'individus regardant avec des yeux hébétés et
des figures stupides, deux hommes, dont les vêtements
étaient tachés d'une fange vineuse , se roulaient à terre , fai-
sant retentir les coups sur leurs corps, et leurs têtes contre
les pieds des tables et des bancs.
Qu'est-ce donc que ce tapage ? dit César en entrant. Ça a
l'air d'un combat d'animaux ; étes-vous fous de laisser des
hommes s'arranger de la sorte ! Voilà , ma foi, un joli déjeû-
ner que vous m'avez préparé là ! Il se jeta entre les combat-
tants et mil fin à leur lutte. Et puis, reprit-il., du vin répandu!