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Causerie

On nous annonce un nouveau timbre-poste ; mais cette fois il ne s'agit pas d'une réforme d'esthétique. On ne discute point sur le sujet de la vignette, si elle sera symbolique ou si l'effigie de la République, avec les belles lignes de son visage de Minerve, en fera l'ornement.

Le Sous-Secrétaire d'Etat aux Postes et Télégraphes examine une modification plus sérieuse : l'abaissement de quinze à dix centimes du prix des timbres-poste. Voilà un progrès intéressant. La plupart des autres pays d'Europe en jouissent déjà. Là encore, nous nous sommes laissé devancer, bien qu'il soit démontré que partout et toujours le budget a gagné à des dégrèvements de ce genre, par l'augmentation de la circulation, tandis que les contribuables économisent un sou par lettre, ce qui n'est pas à dédaigner par ces temps difficiles.

Savez-vous que ce petit bout de papier gommé, que nous collons à l'angle des enveloppes, et qui suffit à leur faire parcourir des milliers de kilomètres fut, lors de son apparition, toute une révolution bienfaisante ? Avant le timbre-poste, la taxe des lettres était proportionnelle à la distance. Il fallait une carte de France pour calculer le prix de l'affranchissement. Elle était divisée en zones concentriques, et chaque zone franchie représentait une surtaxe de dix centimes. Une lettre allant de Lille à Marseille payait 1 fr. 20 ; si elle pesait de 10 à 15 grammes, elle devait 2 fr. 10, soit seize fois le coût actuel !

Et ce régime ne fut modifié qu'en 1819. Depuis 1810 l'Angleterre possédait déjà le timbre-poste, inventé par Rowland Hill. A vrai dire, Emile de Girardin en avait été le précurseur dès 1832. Le grand journaliste lançait une idée par jour. Il eut celle-là avant tous. Mais il fallut l'initiative anglaise pour la réaliser.

Avant 1878, le timbre-poste français coûtait O fr. 25. C'est à M. Gochery qu'est dû le prix de 15 centimes. Si M. Delpeuch, le ministre actuel, nous vaut l'abaissement à deux sous, il aura attaché son nom à une réforme utile, sinon ambitieuse...

Paris vient d'avoir une Exposition féline. En province nous ne connaissons encore que la canine. Et cependant les chats,

Hôtes fidèles de nos vieilles maisons,
méritent bien, eux aussi, les honneurs d'une exhibition publique, avec médailles et diplômes !

L'Exposition parisienne a pleinement réussi. Le jury était composé d'hommes de lettres et d'artistes : François Coppée, Theuriet, Zola, Steinlen... Les vers de Baudelaire, le poète inspiré des chats, devaient chanter dans leur mémoire, tandis qu'ils discutaient les mérites de tant de bêtes charmantes.

On dit même qu'ils se sont trouvés fort embarrassés pour récompenser tous les sujets intéressants. Il y a eu des miaulements de protestation... surtout parmi les parents, je veux dire les propriétaires, qui auraient tous voulu accrocher une petite médaille au ruban rose ou bleu de Minet.

L'affection des Parisiens pour les chats s'est affirmée là d'une façon curieuse, peut-être même poussée à l'excès, dans l'installation des boxes de l'Exposition. Les unes étaient tendues de rideaux Liberty, comme les fenêtres d'une mondaine. D'autres avaient des coussins enrubannés. Ici, un crêpe cravatait les barreaux : la jolie chatte, locataire de la loge, portait le deuil d'un époux regretté. Plus loin, une photographie de femme est accrochée à côté d'un superbe angora : c'est une maîtresse jalouse qui tient à ce que son image soit sous les yeux profonds du favori, pendant les heures cruelles de la séparation !

Tant d'attentions délicates ou folles démontrent la tendresse qui entoure les chats. Les Egyptiens en avaient fait un animal sacré. Il eut jadis ses temples et ses autels. L'Exposition de Paris témoigne qu'il n'est pas déchu de cette antique splendeur. Son culte a pris seulement une autre forme, plus intime, plus tendre et, pour tout dire, plus moderne. Si on ne l'adore plus suivant les rites, on ne l'en aime que davantage.

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