La mode
Nous parlerons longtemps encore de la fourrure. Malgré les coquetteries du ciel, tantôt clair, tantôt brumeux, et les variations de la température, sibérienne un jour, printanière le lendemain, la fourrure restera plusieurs mois encore la garniture riche dont on ne peut se passer au point de vue de l'élégance et du confort. Donc, plus que jamais, mantes, pelisses et vêtements de toutes formes sont garnis et doublés de fourrure.
Les robes s'ornent également de bandes de fourrure variant entre trois, cinq et six centimètres ; c'est le bas de la jupe que l'on garnit ainsi, étales revers du corsage-veste, genre russe, ouvrant sur une chemisette de soie claire. Les ceintures qui retiennent ces coquettes chemisettes, dont quelques- unes sont en dentelles, sont très variées : les unes sont un composé de passementeries et de Iroderies ; d'autres, en cuir, agrémentées de motifs d'or ou d'argent se ferment par des pattes fermoirs ou des agrafes incrustées, d'un joli travail artistique.
Ce qui donne d'ailleurs du style au costume moderne ce sont les détails très soignés et choisis avec une grande recherche. Dans un temps où toutes les femmes ont le droit de s'habiller avec luxe, quelle que soit la classe de la société à laquelle elles appartiennent, ce sont les bijoux originaux, les dentelles rares, dont quelques-unes ont une généalogie, qui établissent une démarcation entre les toilettes composées avec art et le costume omnibus que tout le monde peut acquérir en y mettant le prix. La fourrure n'a pas comme la dentelle ses titres de noblesse, mais elle atteint parfois une valeur qui la classe et empêche. de confondre la zibeline avec les pelleteries fauves qui lui ressemblent de très loin.
La coupe princesse des jupes collantes appellent : nécessairement toutes les garnitures qui s'appliquent ; les soutaches et les galons formant des dessins courants ou des médaillons d'aspect divers qui s'espacent sur une hauteur de vingt-cinq ou trente centimètres dans le bas des jupes. Nous notons aussi l'engouement des rouleautés, aussi bien sur les costumes de jour que sur les robes de bal où ils se déroulent en devises de mirlitons; ce sont des rubans de satin qui font cet office ou des guirlandes légères de fleurs semblant s'enrouler autour d'un large ruban.
La forme droite de la jupe favorise la mode de fleurettes brodées sur la gaze de soie et le tulle, la jupe en est semée jusqu'à une très grande hauteur et le corsage en est également tout moucheté. Beaucoup de ces robes sont brodées ton sur ton; d'autres sont roses, brodées de blanc ou le contraire. Le transparent de soie s'assortit soit aux fleurs soit au fond uni.
Dans les toilettes de bal en tulle noir brodé de fleurs mais, mauves, roses ou bleu ciel, le fourreau de soie qui sert de transparent est plus généralement en soie de teinte claire, de la même nuance que les fleurettes. On peut aussi faire le dessous en salin nôii si l'on désire Une toilette plus sombre. Le tulle noir brodé donne lieu à des improvisations charmantes ; on y applique des feuillages veloutés, des fleurs en épaisseur avec leurs boutons, des tiges bien en relief et tous les détails particuliers aux fleurs employées, qui peuvent donner du piquant et de l'inédit à la composition de la robe; nous remarquons des oeillets nuancés, de petits pavots, des bluets, des mauves, des pissenlits avec leur petit plumeau plus léger qu'un duvet. Il y a un rappel de ces fleurs au corsage et dans l'aigrette qui se pose dans les cheveux.
Nous revenons aux vieilles dentelles dont le concours est si précieux pour orner à plat les robes de velours uni ou côtelé portées de plus en plus pour les toilettes de grande réception, de diner et les visites officielles. Le velours employé pour ces robes se voit dans les couleurs les plus tendres et les plus délicates, avec des reflets changeants où l'on retrouve des tons verts, et ces nuances entre le rose, le lilas et le vieux violet, qui .rappellent les anémones et les mauves semées à profusion sur le vieux Saxe.





