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    Causerie.

    Ce n'est pas une chose banale qu'une chasse au tigre dans les environs de Paris. En fait de félin, la banlieue de la capitale ne connaît guère que les chats dont les guinguettes des bords de la Seine confectionnent de si délicieuses gibelottes. Le royal et redoutable gibier des jungles de l'Inde ou des forêts de la Cochinchine ne s'y rencontre qu'à l'état de curiosité zoologique, clans les ménageries de Bidol ou de Pezon.

    Cependant on a tué un tigre cette semaine dans le bois de Meudon, ce qui prouve que le vrai n'est pas toujours vraisemblable comme le disait eu alexandrins le vieux Boileau. Oui le bois du bon curé de Meudon, de rabelaisienne mémoire, les taillis souriants et fleuris où les amoureux parisiens vont promener leurs idylles hebdomadaires, les bosquets hospitaliers si propices aux pique-niques endimanchés, ont servi de refuge à un tigre, à un vrai tigre, à la grande terreur des populations affolées !

    A vrai dire, on n'y avait pas cru tout d'abord. Les uns affirmaient avoir vu, au fond des halliers, bondir le formidable fauve. D'autres aussi avaient entendu ses rugissements. Mais les incrédules traitaient ces récits d'histoire à la Tartarin. Il fallut pourtant se rendre à l'évidence, car le tigre affamé, cherchant une proie, finit par rôder autour des habitations. Ce fut un vif émoi dans les cafés d'alentour. On ne parlait plus que du tigre du bois de Meudon. Les tranquilles bourgeois s'armaient de pied en cap pour sortir de chez eux. Mais aucun n'osait se mettre à la recherche de la bête féroce. Il fallut mobiliser les soldats du génie de l'école d'aérostats de Chalais , lesquels abandonnèrent pour un jour leurs ballons afin d'enlever celui du tigre, qui tomba sous les feux de salve d'une escouade.

    Cette chasse fantastique nous fait souvenir de l'ours du quartier des Célestins, échappé il y a quelque cinq ans d'une ménagerie du cours du Midi. Un matin, à la première heure du marché Saint-Antoine, on vit un ours s'approcher en dandinant des bancs de soupe et engouffrer tous les potages. Après quoi il dévora des paniers de carottes, des montagnes de choux-fleurs, des charrettes de salsifis et des monceaux de pommes. Les marchands effarés avaient fui à son approche. Quand les gardiens de la paix, enfin prévenus, vinrent s'en emparer, l'ours était gros comme un boeuf. Il se laissa enchaîner sans résistance, dans la jouissance abrutie d'une énorme digestion.

    Paul Arène a raconté aussi quelque part une chasse à l'éléphant qui eut lieu à Mirande, en Gascogne. C'était jour de grande foire et un forain avait remisé son éléphant savant dans une vaste cave d'auberge. Le pachyderme se dit apparemment : que faire dans une cave à moins que l'on y boive ? » Et, passant sa trompe dans la bonde d'un fût de vin d'Espagne, il le vida tout entier. Voilà notre éléphant saoul comme une grive. En vrai pochard, il fait un chambard de tous les diables, enfonce les portes, met à sac l'hôtellerie et s'enfuit au galop dans les rues de la ville où il se livre follement à mille exploits d'ivrogne. On veut le cerner par des barricades : il les bouscule comme des fétus ; on lui tire des coups de fusil : il se contente de secouer les oreilles comme si on l'eût bombardé avec d'inoffensifs haricots. Enfin la nuit tomba et on dut laisser le poivrot quadrupède cuver son malaga dans un coin...

    Le lendemain, il se laissa prendre gentiment et se livra même à ses exercices accoutumés devant le tout Mirande des premières. Mais il n'était pas en train. Tous ses tours furent ratés. Son propriétaire, pour l'en excuser, dit simplement aux spectateurs : Pardonnez-lui, Messieurs, il était tellement gris hier qu'il a aujourd'hui la trompe de bois !

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