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    Causerie

    La page de croquis si amusants de notre collaborateur Girrane qui parait dans le numéro d'aujourd'hui du Progrès Illustré est consacrée à nos demi-frères les chiens. Ces bons toutous, de par une décision municipale, vont avoir, à Lyon au moins, une identité certaine. Grâce à la petite médaille — il y aura des gens pieux qui les feront bénir à Fourvière — les chiens vont devenir des personnages connus, domiciliés comme des électeurs.

    Au fait, on peut se demander si ces excellentes bêtes ne sont pas assez intelligentes pour remplir la plupart des fonctions humaines. Ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, c'est le chien, a dit un humoriste célèbre. Et parfois aussi le chien a de l'esprit comme s'il ne marchait pas à quatre pattes.

    Je ne veux pas rappeler ici toutes les anecdotes connues sur les facultés intellectuelles du plus aimé de nos animaux domestiques. Tout récemment, un membre de l'Institut, savant considérable et considéré, après avoir analysé minutieusement l'état d'âme de Diane, une chienne de chasse, dont il faisait sa société accoutumée, affirmait que son intelligence était au moins égale à celle d'un enfant de trois ans.

    C'est quelque chose sans doute, mais ce n'est pas assez. Le chien vaut mieux que cette comparaison. On peut invoquer à son actif mille traits qui le prouvent surabondamment. Quel est, par exemple, l'enfant de trois ans qui pourrait jouer le rôle de ce chien connu de tous les excursionnistes des environs de Paris, préposé au pont à péage d'Andresy ? Un épagneul se tient à côté du gardien du pont, chargé de faire payer les passants. Un piéton oublie-t-il, en entrant sur le pont, de tirer le sou de sa poche, le chien aboie. Si c'est un bicycliste, il se met à sa poursuite. Quelquefois le toutou se trompe, il r??clame injustement : « Laisse donc monsieur, lui dit son maître, il a payé, » Et la bonne bête de se calmer aussitôt. Le plus curieux, c'est que ce fidèle garçon de recettes n'a jamais appris son métier. I1 s'est formé tout seul en voyant tous les jours le service du gardien.

    Mais il y a mieux : dans un des derniers feuilletons des Débats, M. de Parville rapporte le fait suivant : Le mois dernier le caissier, de la Banque nationale d'Antruther en Ecosse oublia son chien au bureau. Il en était déjà à plusieurs kilomètres, sur le chemin de sa demeure personnelle, lorsqu'il s'aperçut de l'omission. Il eut alors l'idée ingénieuse d'entrer dans un bureau téléphonique et de téléphoner à sa banque.

    Allô ! allô ! Est-ce que mon chien Black n'est pas resté au bureau ? Oui, parfaitement. All right ! mettez-le en communication avec moi !

    On approcha le récepteur de l'oreille du chien. Le maître siffla et appela. Black, Black ! Ici, Black ! Ici !

    Le chien réfléchit une minute et se précipita dans la rue. Une demi-heure après il arrivait au domicile du maître en même temps que ce dernier.

    Je connais beaucoup de gens qui seraient incapables d'en faire autant. Le chien est donc un animal pensant, s'il n'est pas comme l'homme un animal politique. Et puis il a plus de coeur. C'est le plus sûr des compagnons.

    Oh ! viens, dernier ami que mon pas réjouisse, Sèche mes yeux mouillés, mets ton coeur près du mien, Et, seuls pour nous aimer, aimons-nous, pauvre chien !

    J'aime ces beaux vers de Lamartine. Ils sont dignes de l'affectueux serviteur auquel le poète les dédia. Et si la médaille des chiens à pour but de les protéger, soyons pour la médaille. Mais si au contraire elle doit être, pour le cher toutou, un instrument de vexation, n'hésitons pas à protester et à le défendre.

    Jacques Mauprat.

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