Sommaire :

    La question des eaux à Lyon

    11 n'est pas, pour la Ville de Lyon, de question plus intéressante et plus vitale que celle des eaux.

    Actuellement cette grande cité est alimentée par un système tout à fait défectueux, insuffisant et onéreux à l'excès pour le budget municipal et les consommateurs. Il arrive même, parfois, que les hauts quartiers, comme Saint-Just, Fourvière et la Croix-Rousse, soient absolument privés d'eau potable.

    Cette déplorable situation va bientôt cesser. Le conseil municipal est en effet saisi d'un projet déposé par M. Victor Granottier, entrepreneur, qui satisfait à tous les besoins. Il se propose d'emprunter au lac d'Annecy 650 000 mètres cubes d'eau par jour, au moyen d'un aqueduc entièrement couvert de 140 kilomètres de longueur. Cet énorme débit pourvoira non seulement aux besoins des ménages, de la voirie et de l'assainissement dans tous les quartiers, quelle qu'en soit l'altitude, mais il permettra encore de tranformer, par une révolution bienfaisante, l'industrie lyonnaise, en mettant à sa disposition une force motrice qui sera, dès le début, supérieure à huit mille chevaux. 11 a été démontré en effet que 350 000 mètres cubes suffiraient largement à la consommation totale de Lyon. L'excédent sera donc employé à une production d'énergie. Quant à la qualité des eaux du lac d'Annecy, ces belles ondes bleues, alimentées par des rivières de montagne, sont merveilleusement pures et salutaires. L'analyse cbimique les classe au premier rang des eaux potables d'Europe. Et pour être certains que le lac suffira à fournir les 650 000 m cubes prévus au projet, M. Granottier et ses ingénieurs dérivent, dans ce splendide bassin naturel, les trois rivières du Fier de l'Arly et du Borne.

    Nos lecteurs pourront suivre le tracé de l'aqueduc de 140 kilomètres sur la carte que nous avons fait graver pour notre huitième page. On voit qu'au sortir du lac la conduite traverse la plaine des Fins, enjambe le Fier à Cran, au moyen d'un siphon, puis elle suit à flancs de coteaux la rive droite du Fier jusqu'à St-André. Là elle passe de nouveau le Fier par un siphon de 1 200 mètres, et longe sa rive gauche jusqu'à Motz. De Motz, on franchit le Rhône par un siphon de 3 200 mètres. La conduite maçonnée contourne ensuite le Colombier, passe au-dessus d'Artemare et poursuit en flancs de coteaux jusqu'au col des Hôpitaux où elle traverse la voie du P.-L.-M. De là une suite de petits tunnels et de tranchées jusqu'à la tête amorce du siphon de l'Ain, à la Tour de St-Denis-le-Chosson.

    De la Tour de St-Denis-le-Chosson, un grand siphon de 7 400 mètres, qui sera le plus grand du monde, traverse la plaine de l'Ain pour aboutir à Mollon, sur le plateau des Dombes. A partir de ce dernier point, l'aqueduc se dirige sur Cran, puis le Montellier, Cordieux, pour aboutir enfin au réservoir récepteur qui se trouve au nord de la route de Crépieu, à Caluire, après un parcours de 143 kil. dont 127 kil. 200 d'aqueduc maçonné et 15 kil. 800 de siphons. Le réservoir récepteur aura une capacité de 600 000 mètres cubes.

    Pour l'exécution de ce gigantesque projet et l'aménagement des eaux il faudra 60 millions et trois ans de travail. La Compagnie qui sollicite la concession ne demande rien à la Ville de Lyon, ni subvention, ni garantie d'intérêts. Elle offre méme à la Ville, pour son service de voirie, de lui faire payer l'eau au prix annuel de cinq fr. le métre cube, , pour cent mille mètres par jour, au lieu des dix-neuf mille mètres cubes mis à sa disposition actuellement au taux exorbitant de dix-sept francs.

    En outre,le prix de l'abonnement est réduit dans de telles proportions que le nouveau régime équivaudra à une vraie réforme démocratique. L'abonnement devient, en effet, proportionnel au montant du loyer et au lieu de verser, par exemple, comme aujourd'hui, 36 fr par an, pour un ménage de deux à trois personnes, les abonnés dont le loyer sera inférieur à 301 fr. ne paieront plus que 10 fr., quelque soit le nombre de personnes composant le ménage. Si l'on ajoute à cet énorme avantage celui qui résultera pour l'industrie de la distribution à domicile de la force motrice, il faut reconnaître que le projet Granottier résout de la façon la plus satisfaisante cette grosse question des Eaux. Il est donc à souhaiter, dans l'intérêt de tous, que le Conseil municipal l'examine et le fasse aboutir au plus tôt.

    Outro la carte topographique dont nous avons parlé plus haut, nous donnons deux vues du lac d'Annecy. Ces dessins permettront à nos lecteurs de se faire une idée de la délicieuse et salubre contrée qui doit fournir les fraîches eaux que, sans doute, les Lyonnais boiront bientôt, au grand profit de leur santé et de leur bourse.

    Retour