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Causerie. Lyon, le 26 octobre 1839.

On a fortement cambriolé cet été à Paris et à Lyon, et malgré la condamnation récente de l'aimable Crampon — celui qui s'entendait si bien à faire sauter ceux des portes ! — il est vraisemblable que le cambriolage continuera à causer les plus douloureuses surprises aux gens qui, rentrant chez eux, trouvent leur appartement mis à sac.

Rien ne doit être plus désagréable, au retour de la campagne ou des bains de mer, au moment où l'on se prépare à retrouver le confortable du chez soi, et les agréments de son home, que de constater l'absence des meubles de prix et des bibelots aimés, la disparition des cigares choisis, des bons vins, des liqueurs fines et autres douceurs amoureusement amassées, auxquelles nous avons la faiblesse de tenir, comme si tout en ce monde n'était pas vanité...

Les cambrioleurs, ces philosophes péripatéticiens, se chargent de nous rappeler cette maxime par la plus pénible des leçons de choses. On en cite même qui ne se contentent pas de dépouiller les logements qu'ils honorent de leur redoutable présence et qui jouent, par surcroît, à leurs victimes les farces les plus déplaisantes.

Un trait entre mille : après avoir consciencieusement pillé un appartement de l'avenue de Noailles — l'histoire n'est pas bien vieille — de facétieux sacripants s'avisèrent de remplir un petit fût de vieux bordeaux, dont ils avaient bu la moitié, avec des bouteilles d'eau purgative trouvées au fond d'un placard. Vous voyez d'ici les conséquences de cette plaisanterie laxative : Les malheureux locataires n'eurent pas seulement le chagrin d'avoir été volés, il leur fallut encore subir les affres intestines d'une colique inexpliquée, qui ressemblait fort à un empoisonnement.

Il y a bien un moyen d'empêcher les escarpes de jouer du rossignol : ce serait que les concierges fussent toujours dans leurs loges, exerçant sur l'immeuble confié à leurs soins une surveillance de tous les instants.

Or, chacun sait qu'à Lyon surtout le concierge est aussi souvent dehors qu'aux alentours de son cordon — sans compter que bon nombre de maisons n'en ont pas du tout.

Il est clair que si le titulaire de la loge faisait bonne garde les voleurs seraient fort gênés pour cambrioler en rond. Et comme le concierge représente le propriétaire, celui-ci doit être rendu responsable de la faute de son préposé, en vertu des principes généraux du code civil.

La plupart du temps le troupeau des volés se contente de couvrir de malédictions le propriétaire, le concierge et les cambrioleurs, mais sans aller jusqu'à réclamer des tribunaux l'application de ce raisonnement juridique. Il s'en est trouvé un pourtant, qui ne s'est point résigné. Il a assigné le propriétaire en remboursement des dommages à lui causés par les cambrioleurs et le procès est actuellement pendant devant le tribunal de la Seine.

Voilà un litige intéressant. Sans doute il sera long à trancher. Les propriétaires vont épuiser tous les degrés de juridiction, car M. Vautour n'est pas homme à ne point défendre jusqu'au bout son cher argent. Mais le jugement définitif finira bien par être rendu, et si la justice n'est pas un vain mot le propriétaire sera condamné.

Ce jour-là, les régisseurs et possesseurs d'immeubles comprendront peut-être qu'il est de leur intérêt de loger et de payer convenablement leurs concierges. La plupart du temps aujourd'hui, et cela est vrai surtout pour les maisons de Lyon, ces pauvres gens sont confinés en d'infects taudis sans air ni lumière, et leur salaire est si ridiculement insuffisant qu'il leur faut de toute nécessité gagner leur vie au dehors. Quand ils auront une loge habitable et des appointements leur permettant de vivre, la maison sera bien gardée et le propriétaire n'aura pas à craindre d'être un jour condamné à payer les dégâts causés par les cambrioleurs.

Là est la vrai solution. II y en aurait peut-être une autre à laquelle songent sans doute les « proprios » les plus avares. (On assure qu'il y en a !) Ce serait que par mesure d'économie, ils exerçassent eux-mêmes dans leurs propres immeubles, les fonctions de concierge !

Quelques journaux parisiens parlent d'une grève prochaine, ou tout au moins possible, qui n'aurait que peu de rapports avec celle de Carmaux et dont il serait agréable d'être le Calvignac. Il s'agit d'un vif mouvement de mécontentement qui aurait surgi parmi ces demoiselles du corps de ballet de l'Opéra.

Mme Cardinal en a « les sangs tournés » et Mme Manchaballe en oublie la confection du miroton où elle excelle. Pensez donc quelle perte de temps et d'argent pour leurs aimables progénitures, quel trouble dans l'accoutumé flirtage des vieux abonnés, si la grève était définitivement déclarée, si ces jeunes nymphes refusaient le service des jetés-battus , des flicotages, des fouettés-derrière et des pirouettes à la grand-cousin, en déposant leurs instruments de travail — le chausson et le tutu — sur l'autel des revendications sociales !

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