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Causerie

Les Parisiens viennent de l'échapper belle. Ils étaient menacés d'une grève autrement dangereuse que celle des boulangers, bien qu'elle se rattache à un certain point de vue au chômage des ouvriers de l'alimentation.

Les travailleurs dont il s'agit sont assez difficiles à désigner clairement. A Lyon on dirait les employés de l'U.M.D.P. Ce sont les hommes utiles qui dirigent les nocturnes travaux de ces pesantes voitures à forme spéciale, dont les passants s'écartent toujours avec précipitation, à moins qu'ils ne soient atteints d'un rhume de cerveau.

Chacun comprend que les conséquences d'une telle grève n'auraient pas tardé à se faire cruellement sentir.

Le pauvre Glatigny, le poète-bohême, dont on vient d'inaugurer le buste dans une petite ville de Normandie, avait une façon bien originale de juger la besogne de ces travailleurs de la nuit. Il la comparait aux occupations des hommes politiques, par cette raison que les uns et les autres s'adonnent spécialement aux questions de cabinet...

C'est le soleil qui ne s'est pas mis en grève pour les courses de Lyon !

On se demande comment un astre peut ainsi changer ses habitudes sans en être incommodé. Car nous avons assisté dimanche et lundi à ce spectacle extraordinaire et presque incroyable : les courses du Grand-Camp courues par un temps radieux.

Aussi il y avait un monde et des toilettes ! Les plus jolies et les plus élégantes des Lyonnaises - je vous assure qu'il y en a beaucoup - ayant arboré de clairs costumes couleur du temps, l'enceinte du pesage offrait un merveilleux kaléidoscope de couleurs papillotantes et joyeuses. Nous faisions tous la même réflexion : on dirait un bouquet de fleurs !

Mais on ne s'imagine pas à quel point ces fleurs-là aiment le Champagne.

Une chose plus étonnante encore que l'implacable soleil dont nous avons joui pour le « meeting lyonnais », c'est que ce beau temps inespéré ait été prédit par l'Observatoire.

On sait en effet que le docte établissement connaît à merveille les variations atmosphériques de la planète Mars ou de Saturne, mais qu'il est assez mal renseigné sur celles de notre monde sublunaire.

Si l'Observatoire prédit qu'il pleuvra, il est rare que le soleil ne vienne pas déverser « des torrents de lumière sur ses obscurs blasphémateurs ». Par contre, si une belle journée est annoncée, il y a gros à parier que le ciel se livrera sur la région lyonnaise à de vastes expériences d'hydrothérapie.

Il faut reconnaître, cependant, que le baromètre du Palais Saint-Pierre est un instrument d'une rare intelligence. Souvent les baromètres - qui ne sont en somme que des appareils enregistreurs de la pression atmosphérique - ne tombent pas d'accord avec le temps qu'il fait. Mais celui-là ne se trompe jamais. Quand il marque la pluie, il pleut ; quand il est au beau, le ciel est bleu; quand il indique du vent, les rafales se déchaînent. C'est positivement admirable.

Cette merveilleuse exactitude m'ayant paru suspecte, j'ai cru devoir en rechercher l'explication. Elle est des plus simples et je la donne comme parfaitement authentique.

Depuis longtemps ce baromètre est hors d'état de marcher, et l'administration qui n'a pas de crédit pour le réparer laisse aller les choses. Heureusement, le concierge du palais veille sur les destinées de la météorologie lyonnaise.

Ce modeste mais ingénieux fonctionnaire s'est dit apparemment qu'une aussi déplorable situation était indigne de la seconde ville de France. Et depuis lors, chaque matin à son réveil, il place lui-même d'une main soigneuse l'aiguille du baromètre à la place qu'elle doit avoir, d'après le temps qu'il fait réellement. Et voilà comment l'appareil officiel ne commet jamais d'erreurs.

O vanité de la science !

Très sérieusement j'estime que ce concierge a bien mérité de l'Observatoire. L'administration devrait solliciter pour lui les palmes académiques.

Pourvu, mon Dieu, que M. André, le très savant et très distingué directeur de notre usine astronomique, n'aille pas nous en vouloir d'en avoir médit! La vengeance d'un homme qui entretient quotidiennement des relations aussi étroites avec les planètes, doit être terrible. Qui sait s'il n'a pas quelque influence sur les hautes sphères célestes ?

C'est tout au moins une croyance populaire que les astronomes ont avec les forces d'en haut de mystérieuses accointances. Quand François Arago se présenta à la députation en 1848 dans les Pyrénées- Orientales, l'agent électoral qui lui gagna le plus de voix était un brave maire de village qui terminait ainsi toutes ses harangues : « - Et puis si vous ne votez pas pour lui, il vous f... ichera une éclipse ! »

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