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    Chronique Scientifique Le Cinématographe

    Dépuis une quinzaine de jours, MM. Auguste et Louis Lumière ont installé, rue de la République un nouvel appareil de projection auquel ils ont donné le nom de : Cinématographe.

    Nos lecteurs ont tous assisté à l’une de ces séances, au cours desquelles se déroulent sur un écran, une série de scènes animées et, ils ont sans doute été émerveillés du résultat obtenu, c'est-à-dire la reconstitution avec une entière vérité, de tous les mouvements de la vie réelle.

    Nous avons pensé qu'il serait intéressant pour nos lecteurs de connaître cet appareil. Nous allons donc leur donner quelques détails sur son fonctionnement.

    Le Cinématographe, comme le praxinoscope et le kinétoscope d'Edison, est basé sur la propriété que possède la rétine de l'oeil, de conserver pendant un certain temps (1/7 de seconde), l'impression des objets après leur disparition où leur extinction. Cette persistance de l'impression, sur la rétine se montre très facilement. Ainsi, lorsqu'on fait tourner rapidement un charbon incandescent, on aperçoit comme un ruban de feu continu; de même, la pluie qui tombe sous forme de grosses gouttes, nous apparaît dans l'air comme une suite de filets liquides.

    Ce principe posé, nous allons voir comment le cinématographe enregistre sur une bande pelliculaire les images animées, puis reconstitue lui-même les scènes sur un écran blanc.

    Cet appareil se compose, dans ses parties principales d'un objectif de photographie derrière lequel se meut, au moyen d'un mécanisme assez compliqué, une bande de gélatine bromurée d'une longueur de 15 à 20 mètres et d'une largeur de 5 centimètres. L'appareil est construit pour prendre quinze photographies par seconde.

    Voyons ce qui se passe pendant le temps nécessaire à prendre une de ces photographies, c'est-à-dire pendant 1/15 de seconde. — Divisons ce 1/15 de seconde en 3 parties ; chacune de ces parties sera le 1/3 de 1/15, soit 1/45 de seconde en-vertu de la loi des fractions que tous nos lecteurs connaissent.

    Mettons l'appareil en mouvement. Pendant les deux premiers quarante-cinquièmes de seconde, la pellicule est immobile et l'objectif étant découvert cette partie de pellicule va recevoir l’impression de l’objet placé en avant de l’objectif, et après développement, nous donnera une image de trois centimètres de large sur trois de hauteur. Le 1/45 de seconde qui reste à écouler est occupé à faire descendre.de trois centimètres, la bande pelliculaire, de façon à placer derrière l'objectif, un nouveau petit carré non encore impressionné.

    Mais, si rien ne venait arrêter les rayons lumineux de l'extérieur, nous aurions une image manquant de netteté. II faut donc boucher l'objectif pendant le mouvement de la pellicule ; et c'est ce qui est réalisé dans le cinématographe au moyen d'un disque qui vient obturer l'objectif, juste au moment où la pellicule est entraînée, pour ne le découvrir que lorsqu'elle est de nouveau immobile.

    En résumé, notre quinzième de seconde est occupé chaque fois par deux mouvements : 1° immobilité et impression du ruban de gélatine; 2° déplacement de ce ruban et fermeture de l'objectif.

    Ces différentes phases se reproduisant régulièrement et très rapidement, il est facile d'obtenir sur cette bande, une série de photographies prises tous les 1/15 de seconde. Au bout d'une minute, nous aurons donc obtenu. 900 images toutes différentes les unes des autres, si le sujet que nous avons photographié était en mouvement.

    Au moyen de procédés dont nous entretiendrons prochainement nos lecteurs, on développe les images du ruban et on en fait un autre avec images positives de même dimension.

    C'est cette dernière bande que nous allons employer pour reconstituer notre scène.

    Pour cela le même cinématographe va nous servir. Il nous suffira de placer en arrière de la pellicule, un foyer lumineux dont les rayons traversant l'objectif, porteront sur l'écran les images agrandies au fur et à mesure de leur passage devant ledit objectif.

    Si nous mettons alors l'appareil en mouvement, les mêmes phases vont se reproduire comme ci-dessus. Pendant les 2/45 de seconde, la bande étant immobile et l'image devant l'objectif, nous aurons sur l'écran une projection de cette image. Puis, pendant le 3e quarante-cinquième, la bande va descendre de trois centimètres et en même temps, comme nous l'avons vu plus haut, l'obturateur arrêtant les rayons lumineux, l'écran sera obscur jusqu'à ce qu'une nouvelle image apparaisse et ainsi de suite jusqu'au bout de la pellicule.

    Les 900 images que nous avons prises en une minute vont passer devant nos yeux pendant le même temps et reconstituant la scène que nous avons photographiée.

    Nous ne décrirons pas les scènes que MM. Lumière font passer chaque jour devant leurs nombreux visiteurs. Disons seulement que tous sortent émerveillés devant la réalité de ces projections animées auxquelles on ajoutera un jour la parole et peut être aussi la couleur.

    Nous aurons satisfait notre unique ambition si nous avons pu intéresser nos lecteurs en leur permettant d'apprécier cette récente découverte qui, nous l’espérons sera suivie de perfectionnements découlant des progrès que fait chaque jour la science et la recherche de l'inconnu.

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