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    Causerie. Lyon, 4 juillet 1895.

    Ah ! la jolie pièce que Labiche eût faite avec le procès en adultère intenté par M. Girou, conseiller municipal de Paris, à son collègue M. Grébeauval !

    L'auteur de Doit-on le dire ? aurait sans doute conseillé à M. Girou de se taire sans murmurer sur sa fâcheuse mésaventure. Il lui aurait dit que, n'étant pas l'élu du quartier de la Porte-Saint-Denis, son malheur conjugal ne nuisait en rien à ses fonctions d'édile, tandis que l'éclat du prétoire serait apparemment de nature à entamer gravement son prestige...

    C'est d'ailleurs ce qui est arrivé. Les journaux ont donné sur cette cause croustillante tous les détails comiques dont l'audience a été féconde. Il y en a eu tant et tant, et quelques-uns si énormes, qu'on ne voit pas bien quelle figure pourront faire en public les deux adversaires, quand ils vont siéger en face l'un de l'autre au nom de la Ville de Paris...

    L'idylle municipale de M. Grébeauval et de Mme Girou avait commencé le jour de l'inauguration du siphon d'Asnières. Elle, une brune appétissante et accorte, Lui, bel homme, entreprenant et avantageux. M. Girou présenta sa femme à son ami, car Grébeauval était son meilleur ami — naturellement... Furent-ils grisés par les odeurs enivrantes du siphon ? Ou bien fut-ce l'effet du coup de foudre ? Toujours est-il qu'ils s'aimèrent sans retard et que M. Girou fut bientôt le plus heureux des trois.

    Situation dont il s'accommodait à merveille, à en croire la déposition de son « correspondant ». Mme Girou était considérée à l'Hôtel de Ville comme l'épouse morganatique de M. Grébeauval. C'était lui qui la menait aux bals, à ces fameux bals municipaux chantés par Mac-Nab. Les huissiers saluaient familièrement le couple amoureux dont le bonheur s'étalait en public. Et M. Girou lui-même félicitait sa femme des robes de dentelle offertes par son collègue, ce qui prouve que parmi ces deux conseillers l'un au moins était le payeur, contrairement à l'affirmation du proverbe.

    Ajoutons pour compléter le tableau que, de son côté, l'époux trompé avait séduit la femme d'un électeur influent de son arrondissement, une catapultueuse épicière, qu'il conduisait également aux bals de l'Hôtel de Ville, et dont le mari est venu lui aussi déballer ses infortunes devant le tribunal.

    Tout alla au mieux dans cette partie carrée d'édiles, jusqu'au jour où M. Girou eut l'étrange idée de se fâcher. Brusquement ses complaisances cessèrent, et le voilà traînant sa femme et son collègue devant la police correctionnelle.

    Le tribunal ne s'est associé qu'à demi à ses projets de vengeance tardive, les deux coupables n'ayant été condamnés qu'à cent francs d'amende... Mais que dire de ces moeurs municipales ? Que vont en penser les électeurs ?

    Sans doute, MM. Girou et Grébeauval peuvent alléguer qu'en leur qualité de révolutionnaires ils sont ennemis de la famille autant que de la propriété et que cette vie de bâtons de chaises rentre en somme dans leur programme.

    Mais une telle excuse ressemble fort à un outrage aux principes. Eh quoi ! les purs de l'Hôtel de Ville ne seraient-ils que des corrompus comme au temps du Directoire, ne briguant un mandat que pour en extraire de quoi donner satisfaction à leurs instincts jouisseurs ? Et ce dévouement si bruyamment affiché aux revendications populaires, ne serait-il qu'un masque pour dissimuler les débauches renouvelées des « plus mauvais jours de l'empire » ? Vous vous dites des Robespierre et vous n'êtes que des Barras !

    Ainsi tonneront sans doute, dans les réunions publiques, les concurrents de nos édiles fêtards qui verront aux élections prochaines ce qu'il en coûte de ne pas laver son linge sale en famille...

    Mais le plus atteint paraît devoir être M. Girou, car il est le plus ridicule. Pourquoi a-t-il éprouvé le besoin de réclamer des dommages-intérêts en échange de son honneur ? En courant après cent francs d'indemnité, ce nouveau Sganarelle pourrait bien avoir lâché la proie pour l'ombre. Car s'il ne tient pas beaucoup à sa femme, il est vraisemblable que son siège de conseiller lui est autrement cher. Or, il le perdra suivant toutes vraisemblances...

    Comment, en effet, les électeurs du Quartier, du Combat renommeraient-ils un homme aussi publiquement c... ombattu?

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