Causerie Lyon, 3 mai.
Il a manqué aux fêtes inaugurales de l'Exposition le président d'honneur que tout le monde attendait, pour mettre sur les choses, du haut de sa tribune d'honneur blanche et bleue, la joie de lumière qui leur eut donné la vie. Ce président, dont la défection a été jugée si fâcheuse et si blâmable, c'est Sa Hautesse le Soleil.
La pluie de dimanche coûte cher à Lyon. Sans ce temps malencontreux, les visiteurs se fussent comptés par centaines de mille. Et quel coup d'oeil eût offert l'Exposition avec une belle journée ! Elle est étonnante, vraiment, comme l'a dit dans sa harangue le maire de Lyon cette cité cosmopolite où l'on parle déjà toutes les langues, où l'on voit tous les costumes, dont les monuments et les palais ont surgi comme par enchantement dans un magnifique décor
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Mais, comment la parcourir avec agrément, au milieu de furieuses rafales, avec de la boue jusqu'à la cheville ! L'Exposition a donc une revanche à prendre sur le temps. Espérons qu'elle l'aura bientôt. D'ici là, MM. Claret et la légion de travailleurs qui les entourent, pourront compléter leur grande oeuvre.
L'inauguration d'une colossale entreprise comme l'Exposition universelle de Lyon ressemble un peu aux répétitions générales d'une grande féerie. Il y a toujours quelque chose à faire : la mise en scène à mettre au point, des trucs qui ne sont pas absolument prêts ; mais on donne la pièce tout de même. Et, sans nuire au succès, tous ces détails se perfectionnent au cours des premières représentations.
Malgré tout, nos hôtes ont eu l'impression que le Parc renfermait des merveilles. Le cadre est incomparable et le tableau digne du cadre. Une fois le « vernissage » fini, et la pierre précieuse tout à fait dégagée de sa gangue tâche qui ne demande plus que quelques jours à peine le spectacle vaudra qu'on y vienne des quatre coins du monde.
Il on est sans doute, parmi les lecteurs de ce journal, qui ont assisté le dimanche soir au banquet de six cents couverts donné dans le palais de l'Algérie. Elle est de haut style cotte salle mauresque aux claires colorations, dont le plan a été si habilement dessiné par M. Prosper Perrin, d'après la grande mosquée de Cordoue. Ce morceau d'architecture exotique a été fort admiré, tout comme les très beaux discours prononcés par MM. Casimir-Perier et Dupuy.
Voilà deux hommes d'Etat, de valeur et d'opinion pareilles, qui se ressemblent peu physiquement ! Le président de la Chambre est un Auvergnat trapu, ramassé et corpulent, évoquant par son aspect de vigueur l'image de ces robustes taureaux de Salers qui paissent les hauts plateaux granitiques de son pays. Une copieuse face de brave homme respirant la droiture et la finesse, une voix large et sonore, une diction appuyée et savante : tel nous est apparu, M. Charles Dupuy, qui a parlé de Lyon et des Lyonnais, un peu à la façon de l'orateur antique, vir bonus dicendi peritus le bon citoyen sachant dire de bonnes choses...
Quant au président du conseil, on dirait un soldat do race ayant abandonné l'épée pour la politique. Tout en lui est militaire et d'une distinction affinée : le profil fier, la moustache retroussée, la taille svelte, l'organe un peu rigide qui convient aux commandements. Son éloquence ressemble à sa personne. Elle donne la sensation d'une âme de trempe supérieure, d'idéal élevé, n'admettant même pas qu'on puisse avoir une minute de doute ou de défaillance dans la claire vision et l'accomplissement du devoir.
Chacun peut avoir pour l'un ou l'autre de ces hommes les préférences où l'incline son tempérament particulier. Mais tous les deux sont dans la République des personnalités considérables. Et nous leur devons, nous autres Lyonnais, ainsi qu'à notre cher et éminent Burdeau, et à son collègue le ministre du commerce, une particulière reconnaissance, pour avoir apporté à l'Exposition de Lyon une consécration aussi solennelle.





