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    Causerie

    La mode est aux petits plébiscites. Tandis que certains journaux se contentent de proposer à leurs lecteurs, sous forme de récréation hebdomadaire, la solution de charades et de problèmes d'échecs ou de jeu de dames, d'autres se plaisent à exercer leur sagacité en leur demandant leur avis sur telle ou telle question psychologique, ou en les invitant à se prononcer sur la supériorité de tel ou tel écrivain, de même qu'à exprimer leurs préférences à l'égard de célébrités diverses, et c'est ainsi que nous avons vu, naguère, selon le cas, les noms de Molière, Shakespeare,Victor Hugo et Jeanne d'Arc sortir victorieux de ces diverses épreuves.

    La question posée tout récemment par une revue parisienne a porté sur un sujet d'un autre genre. S'adressant à ses lectrices cette revue leur demandait quels étaient les défauts qu'elles détestaient le plus chez l'homme. Le champ était vaste, et les réponses sont venues aussi nombreuses que variées.

    Il est résulté de cet appel que les défauts masculins qui ont réuni le plus de suffrages sont l'ivrognerie, l'égoïsme, la bassesse, la fourberie, la lâcheté, la présomption, la paresse, la dissimulation et la cruauté. excusez du peu !

    Avons-nous, pauvres hommes que nous sommes, tant de défauts que, cela ? Il faut bien le croire puisqu'on nous les attribue avec tant d'ensemble ; mais j'avoue que je ne nous aurais pas cru capables de tant de noirceur. Comme nous voilà faits !

    C'est du joli, vraiment, et si, après cela, les dames consentent encore à ne pas nous tenir toujours rigueur, à ne pas nous mettre définitivement au rancart, c'est qu'elles nous sont extraordinairement pitoyables, à moins qu'elles ne puissent absolument pas se passer de nous, ce qui, en ce cas, ne laisserait pas d'être encore très flatteur, vu l’énormité de nos défauts et de nos vices.

    Nous pouvons aussi supposer que ces défauts, si graves soient-ils, sont compensés, pourquoi ne pas le dire ? par un certain nombre de qualités qui font passer condamnation sur tout ce qu'on nous reproche, et nous n'en sommes pas médiocrement satisfaits. D'ici à bientôt d'ailleurs, il faut l'espérer, la même revue, renversant la première question, demandera à ses lectrices quelles sont les qualités qu'elles apprécient le plus chez l'homme, et nous serons alors complètement fixés sur l'opinion féminine à notre égard. Attendons-nous, il ne nous en coûte rien, à des révélations charmantes.

    Nous pourrons faire ensuite, nous aussi, notre petit plébiscite, et alors... Mais je vois d'ici nos lectrices sourire, pleinement rassurées déjà sur le résultat de l'épreuve, car elles savent bien que nous ne leur trouverons point de défauts, et que si parfois elles en ont, nous n'en ferons rien savoir. C'est bien une petite qualité, cela!

    N'en déplaise à certains apôtres du féminisme, l'inégalité de l'homme et de la femme est bien moins réelle qu'apparente, dans nos pays du moins, où la civilisation a fait de la femme à peu de chose près l'égale de l'homme ; si malgré tout, cette égalité n'est pas complète, absolue, cela tient uniquement à la nature de la femme ; elle doit d'autant plus facilement en prendre son parti que c'est à sa faiblesse même qu'elle emprunte son charme souverain.

    Voyez ce qui se passe au Japon. Dans ce pays, venu trop brusquement peut-être à la civilisation moderne, l'évolution rêvée par les adeptes de l'émancipation féminine a pris en quelques années une allure des plus fâcheuses. Les femmes y travaillent avec les coolies à construire des routes, à porter le charbon aux navires et à faire le dur travail des mineurs.

    Sur certains points de la côte, même, des femmes gagnent leur misérable vie en exerçant la profession de plongeuses. Ce féminisme oriental n'a rien de bien séduisant, et nous ne voyons pas ce que les femmes ont gagné à envahir comme elles l'ont fait certaines situations jusqu'alors occupées par les hommes ; nous ne voyons que ce qu'elles y ont perdu. Ce n'est ni plus ni moins que du féminisme à rebours ; on n'en viendra pas là chez nous.

    Il y a vraiment, de par le monde, des coutumes bien bizarres. Saviez-vous par exemple qu'en Russie on organisait des loteries avec une femme comme lot principal ? Voici comment on procède, notamment à Smolensk, dans la Russie-Blanche.

    Cinq mille billets sont émis, généralement au prix d'un rouble chacun. Les cinq mille roubles (vingt mille francs) ainsi recueillis deviennent la propriété de la jeune personne mise en loterie. Si d'aventure le gagnant du gros lot n'a pas l'heur de plaire à la belle et qu'elle refuse de l'épouser, elle se trouve alors dans l'obligation de lui abandonner la moitié de la dot, ce dont il s'accommode parfaitement. Mais ce dernier cas se présente rarement, et d'ordinaire la jeune fille accepte les yeux fermés l'époux que le sort lui a donné.

    Bien étranges tout de même, ces mœurs-là ! S'il est vrai que le mariage est une loterie, il n'y a qu'en Russie qu'on l'entende de la sorte.

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